Amphithéâtre Guillaume Budé, Site Marcelin Berthelot
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Résumé

On a présenté les raisons pour lesquelles, dans le prolongement du cours sur la sémiotique et l’ontologie (2018-2019, 2019-2020, 2020-2021), consacré à l’élucidation des relations entre l’esprit, le langage et la réalité, on juge nécessaire la reprise de la question classique de l’universel et son inscription dans l’examen, non seulement historique, mais aussi métaphysique, de la querelle des universaux, où se dessine avec clarté l’identité de la métaphysique, et donc, puisque celle-ci en est le cœur, de la philosophie. En effet, si, depuis l’Antiquité, les philosophes mettent tant d’énergie à l’examen, riche en rebondissements, du statut de l’universel, et donc, des universaux, c’est parce que s’y joue la question des relations complexes entre les mots, les concepts et les choses.

Après avoir rappelé les difficultés entourant le concept d’« universel » en ses dimensions logiques, épistémologiques et métaphysiques, on a présenté le plan du cours et rappelé les étapes qu’imposera de suivre la démarche métaphysique revendiquée et précisée dans les cours consacrés à la connaissance métaphysique de la nature (2011-2012) et à la métaphysique des espèces naturelles (2012-2013 et 2013-2014) : commencer par lever les malentendus sur le terme et le concept d’« universel », faire le tri entre vrais et pseudo-problèmes (pour éviter de se voir accusé de pratiquer une métaphysique en apesanteur et de s’abriter derrière un « universel de surplomb ») ; expliquer pourquoi l’inscription du traitement de l’universel dans l’histoire de la querelle des universaux s’impose, et rappeler maints acquis précieux de cette histoire ; analyser ce que veut dire le fait de tenir l’universel pour une chose et montrer pourquoi une telle réification est erronée ; se demander, à l’inverse, si l’universel est réductible à un concept ou encore à un nom ; explorer les difficultés des approches nominalistes récentes qui croient pouvoir adosser l’universel à l’idée de ressemblance ; avancer des arguments en faveur de la réalité de l’universel et dire en quoi il consiste ; esquisser enfin quelques stratégies pour affronter les enjeux (notamment éthiques) que soulèvent l’universel et l’universalisme. On s’est ensuite concentré sur la première étape, en évoquant la persistance de malentendus : on confond universel et général, universel et essence, on glisse du fait à la valeur, on confond l’opposition entre absolutisme et relativisme avec l’opposition entre universel et particulier. On constate enfin que ceux-là mêmes qui dénigrent l’universel et l’universalisme, dont ils dénoncent le caractère abstrait, formel, surplombant, global, vertical, de nulle part, et la supposée neutralité, n’ont rien de plus pressé que de se revendiquer d’un autre universel (le bon) rebaptisé, au choix, « local », « latéral » ou « en éclats », venu « de toutes parts », et « pluraliste », tant il serait difficile de s’entendre sur le véritable « lieu » où séjourne l’universel, mais plus encore d’y renoncer. La question est alors de savoir ce qui, dans un universel aussi particularisé, localisé, latéralisé, horizontalisé, et relativisé, reste finalement en lui, d’universel, et si l’on n’est pas plutôt face à un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part.