La civilisation contre les civilisations

Résumé

L’idée de civilisation nous paraît si évidente que nous oublions que son émergence est récente, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Pendant longtemps, l’antonyme de « barbare » a été « policé » et ce que nous considérons comme des « aires culturelles » était simplement désigné par leur définition géographique (l’Inde, la Chine, etc.)

Si le mot civilisation apparaît avec le marquis de Mirabeau, il entre dans l’usage courant dans la décennie 1790 se substituant à l’idée de « régénération ». Il évoque alors les progrès des sciences et des arts. À partir de l’expédition d’Égypte de 1798, il est un concept central du discours napoléonien toujours dans le sens de processus de progrès et de pacification. Il suscite en réaction la notion allemande de culture fondée sur l’aspect irréductible du génie de chaque peuple.

Dans le second tiers du XIXsiècle, moment du triomphe de l’orientalisme, on passe de la civilisation comme processus à l’état de civilisation puis de la civilisation comme aire culturelle. Le monde en voie de colonisation est divisé en « civilisations » que la « civilisation », c’est-à-dire l’Europe, est en train de conquérir. On peut donc définir l’expérience coloniale comme étant la « civilisation » contre les « civilisations » avec le problème jamais résolu de définir ce qui est universel et ce qui est particulier.