Jean-Luc Fournet, chaire Culture écrite de l'Antiquité tardive et papyrologie byzantine
Publié le 05 septembre 2022

Le XXXe Congrès international de papyrologie s’est tenu au Collège de France du 25 au 30 juillet 2022. L’événement a réuni près de quatre cents chercheurs spécialistes de papyrus. Retour sur cette trentième édition avec son organisateur, le Pr Jean-Luc Fournet, titulaire de la chaire Culture écrite de l’Antiquité tardive et papyrologie byzantine.

Participants du trentième Congrès international de papyrologie dans la cour d’honneur du Collège de France
Les participants du congrès dans la cour d’honneur du Collège de France.

Qu’est-ce que le Congrès international de papyrologie ?

Toute grande discipline a ses congrès. Ce sont de grandes messes dont la périodicité est d’environ trois ans. Toute la communauté scientifique se réunit et échange sous la forme de communications, mais aussi de conversations informelles. C’est un moment extrêmement important, parce qu’on se retrouve toutes et tous pour présenter à la fois les découvertes que l’on a pu faire et les projets importants que l’on a commencé à développer. C’est un peu un instantané de la discipline à un moment donné.

Papyrus funéraire avec vignette représentant la chanteuse d’Amon Bak-en-khonsou, devant le dieu Rê-Horakhty
Papyrus funéraire avec vignette représentant la chanteuse d’Amon Bak-en-khonsou, devant le dieu Rê-Horakhty (Institut de Papyrologie de Sorbonne Université́).

La France a-t-elle déjà accueilli ce congrès ?

Le précédent congrès à Paris avait été organisé en 1949 par le grand papyrologue français de l’époque, Pierre Jouguet, qui décédera quelques semaines avant celui-ci. C’est un congrès endeuillé qui a eu lieu, frappé par la malchance, dont les actes ne sont jamais parus par manque de moyens financiers au sortir de la guerre. Le congrès de 2022 est donc, en quelque sorte, une réparation.

Il était naturel de l’organiser au Collège de France, car c’est l’un des seuls établissements qui pouvaient offrir d’aussi bonnes conditions pour accueillir quatre cents personnes, tant en matière de salle que d’organisation. Et ce fut un joli succès !

Qui furent les participants de cette trentième édition ?

Des chercheurs du monde entier ! Ils s’exprimaient en anglais, en allemand, en français ou en italien. L’usage de ces langues correspond aux pays où la tradition papyrologique est la plus forte.

Ces participants représentaient des universités avec leurs équipes de recherche ou leurs collections de papyrus. Car les collections jouent un grand rôle dans l’organisation de notre discipline. Ainsi, l’un des grands centres de la papyrologie est Oxford grâce à sa collection constituée depuis l’exploration de la cité égyptienne d’Oxyrhynchos, à la fin du XIXe siècle, dans laquelle ont été découverts des centaines de milliers de papyrus.

Pr Rodney AST de l’Université d’Heidelberg lors du trentième Congrès international de papyrologie
Pr Rodney AST de l’Université d’Heidelberg (Allemagne).

Quels furent les apports du XXXe congrès ?

Des trouvailles, bien sûr, ont été présentées, des papyrus sortant de l’ordinaire. Il y a eu notamment des lettres du philosophe Épicure qui ont été identifiées par un collègue.

Cependant, ce que je remarque d’un point de vue plus méthodologique, c’est une tendance très nette à la prise en compte de la matérialité du papyrus. Pendant très longtemps, c’est au texte présent sur les papyrus que l’on s’intéressait. Maintenant, on se préoccupe aussi de la matérialité du support, car le texte peut être rédigé sur du papyrus, du tesson de poterie, du bois, etc. L’intérêt est aussi porté sur la façon dont le texte est inscrit sur ce support, le type d’écriture adopté. On réalise que tous ces éléments sont signifiants, qu’ils apportent des éléments supplémentaires au contenu du texte. C’est une des grandes leçons de ces dernières années ! D’ailleurs, c’est une direction de la recherche que j’ai moi-même promue il y a déjà quelques décennies ; je suis donc très content que la papyrologie se soit engagée dans cette voie qui aboutit à une vision bien plus globale des textes anciens.

Par ailleurs, beaucoup de projets concernant les nouvelles technologies numériques ou les analyses physico-chimiques ont été présentés. Nous avons pu écouter des communications sur le traitement automatique des images, de la paléographie digitale, c’est-à-dire la science des écritures assistées par ordinateur, et des communications tout aussi intéressantes sur les analyses chimiques, notamment sur les encres. Je crois que toutes ces innovations vont dans une même direction qui est prometteuse.

L’équipe organisatrice du trentième Congrès international de papyrologie avec au centre le Pr Jean-Luc Fournet
L’équipe organisatrice avec au centre le Pr Jean-Luc Fournet.