Publié le 10 février 2026
Actualité

Un patrimoine exceptionnel à protéger

Le 4 février 2026, le Monument à Jean-François Champollion a quitté le Collège de France.

© Patrick Imbert / Collège de France

Cette sculpture fut imaginée en 1865 par Auguste Bartholdi, à la fois fasciné par l’Égypte et fervent admirateur de Jean-François Champollion. Haute de 2,40 m et pesant deux tonnes, l’œuvre est exposée depuis 1878 au Collège de France, où elle occupe, à partir des années 1910, une place centrale dans la cour d’honneur. Elle y rappelle que l’institution a créé, en 1831, pour Jean-François Champollion, la première chaire d’égyptologie en France.

Exposée aux intempéries et fortement altérée malgré deux restaurations successives, la statue a dû rejoindre un espace couvert et protégé. Elle sera désormais présentée au sein du musée Camille-Claudel, à Nogent-sur-Seine.

L’œuvre emblématique ne quittera pas complètement la cour d’honneur du Collège de France. Elle y sera remplacée par une épreuve en résine au mois de juin 2026.

Ce chantier s’inscrit dans la politique de conservation et de restauration conduite par le Collège de France depuis plusieurs années, qui vise à préserver, entretenir et mieux présenter au public les œuvres et le patrimoine immobilier exceptionnels dont jouit l’établissement.

Photos : © Patrick Imbert / Collège de France

L’opération de restauration et de conservation de la statue de Jean-François Champollion a été menée avec le soutien de la Fondation Louis Vicat.


Qu’a voulu dire Bartholdi ?

La position que le sculpteur donne à Jean-François Champollion peut heurter nos sensibilités contemporaines. Telle n’était évidemment pas l’intention de Bartholdi, qui s’inspire de deux traditions : d’une part, la méditation devant les ruines des civilisations disparues ; d’autre part, le mythe grec d’Œdipe, vainqueur de la sphinge. Amalgamant la sphinge grecque au sphinx égyptien, Bartholdi assimile Champollion à Œdipe : « J’ai voulu rendre Champollion comme Œdipe arrachant au Sphinx son secret », écrit-il en 1867.

Mais contrairement à cette tradition, Bartholdi ne représente pas les deux protagonistes face à face. Ne disposant que d’un bloc, il dut travailler sur un axe vertical qui semble mettre le savant dans une position dominante.

Bartholdi représente ainsi Champollion comme celui qui, résolvant l’énigme du sphinx, brisé à ses pieds, n’en est pas moins méditatif devant la civilisation qui se dévoile à ses yeux. Il saisit le savant dans une attitude empreinte à la fois de triomphe et d’humilité : vainqueur de l’énigme des hiéroglyphes, il entrevoit la grandeur d’une culture qui lui reste maintenant à comprendre.