Résumé
Sans nier la nécessaire prise en compte du contexte textuel, l’équivocité de l’appellation « problème des universaux », et la force des arguments en faveur de la discontinuité (de Libera), on a d’abord exposé les raisons de notre préférence pour une lecture « modérément continuiste » (comme celle de Claude Panaccio). On a souligné maints points communs entre les approches médiévale et contemporaine : un souci partagé de la réalité (qu’on ne saurait réduire à une simple question de translatio), de nos représentations mentales, de ce dont elles parlent, partant, la recherche d’une théorie qui permette de comprendre comment il se fait que nous puissions appliquer des « tokens » (ou « instances ») du même mot général (« type ») à différents objets singuliers dans des phrases que nous tenons sans hésiter pour vraies. La conviction également partagée par maints métaphysiciens médiévaux et contemporains est que le problème des universaux n’est pas seulement (ni même prioritairement) de nature sémantique, mais ontologique : il a trait aux objets du monde et aux propriétés qu’ils partagent. Aussi une bonne solution reposera-t-elle sur une théorie acceptable des sortes d’entités fondamentales dont le monde est réellement composé, et de la manière dont elles sont liées entre elles, même si, que la priorité soit donnée à la ressemblance entre des particuliers, à la similarité, exacte ou non, l’analyse est rarement dissociée des questions relatives à la référence : commun aux interprétations médiévales et contemporaines est bien l’intérêt porté à l’aspect sémantique du problème et à la prédication. Enfin, chez les médiévaux comme chez les contemporains, la ligne de division principale sur le problème des universaux est celle qui passe entre le réalisme et le nominalisme : dans les deux cas, cette ligne s’opère, in fine, entre ceux qui acceptent une réalité extra-mentale et non linguistique des universaux (les reales) et ceux qui ne l’acceptent pas (les nominales). On a donc poursuivi par un examen des positions en présence, réalisme, nominalisme, conceptualisme, en dégageant déjà plusieurs acceptions possibles et fort sophistiquées de chacun de ces concepts, avant de revenir, dans une deuxième partie, sur les difficultés – d’ordre ontologique, épistémologique, éthique, politique – de définition, d’existence, d’exemplification, inhérentes au problème des universaux. Au gré de ses formulations successives au cours de l’histoire, jusque chez les métaphysiciens les plus contemporains (on s’est attardé sur l’analyse de David Armstrong), on voit que s’y joue bien plus qu’un problème parmi d’autres de la philosophie : celui de l’Un et du Multiple, du même et de l’identique, des relations entre universaux et particuliers, ou encore entre types et tokens. Dans la dernière partie du cours, on a présenté les premiers arguments contre certaines versions réalistes : on a analysé ce que l’on veut dire lorsque l’on tient l’universel pour une chose et à quel type de réalisme on souscrit, en l’illustrant par la forme paradigmatique (et exacerbée) qu’a prise le réalisme des universaux dans le platonisme et en rappelant quelques difficultés auxquelles il s’est heurté : mélange des questions sémantiques et ontologiques, problèmes liés à la nature des universaux ou des formes, ainsi qu’à la conception de la relation des formes aux particuliers.