Amphithéâtre Guillaume Budé, Site Marcelin Berthelot
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Résumé

On a rappelé les malentendus entourant la réflexion sur l’universel et tiré les leçons des analyses précédentes, que retiendront Peirce, Wittgenstein ou encore Putnam. Si leurs solutions diffèrent, ils s’accordent sur le point de départ : déterminer le sens de nos concepts et de nos distinctions grammaticales ou réelles, clarifier nos idées et éliminer les pseudo-problèmes dont la métaphysique (plus généralement, la philosophie) est encombrée. Retenir donc la leçon médiévale. Une définition correcte du réalisme et de l’universel passera d’abord par une opposition au réalisme métaphysique. Il ne s’agit pas de savoir s’il existe des universaux en dehors de nos idées ou de nos mots : l’alternative esse in anima ou esse extra animam est fausse et est une caricature de la pensée scolastique. Les universaux sont naturellement des mots ou des concepts : mais ne sont-ils que cela ? Ce qui oppose réalistes et nominalistes, c’est la question du fundamentum universalitatis, qu’il faut donc traiter pour progresser dans la détermination de ce en quoi consiste la réalité de l’universel (Peirce). Ce sont les nominalistes qui risquent d’être le plus tentés par le mirage du « réalisme métaphysique », par leur habitude à ne poser comme réels que des existants singuliers. Aussi cruciale que soit l’existence, elle n’est pas le tout de la réalité (maintes confusions dans les discussions sur l’universalisme et le particularisme sont dues au manque d’attention à cette distinction). Conceptualistes, nominalistes et platoniciens se rejoignent : soit en soutenant des « truismes sur la pensée », soit en croyant pouvoir sortir de la représentation et du langage. Un réalisme bien conçu se méfiera de notre « soif de généralité » (Wittgenstein) et se pensera d’abord comme un réalisme sémantique et épistémique ; puis, dans une seconde étape indispensable, sauf à pratiquer une métaphysique en apesanteur, il devra déterminer (phase positive qui tiendra aussi compte de la science) comment et pourquoi les universaux sont réels, ne se réduisent pas à ce qu’on peut en dire ou penser, et ont donc bien une certaine « indépendance ». Pour rendre justice au nominalisme, on a montré ses points forts : la nécessité de placer la discussion de l’universel sur le plan logique et sémantique, et même sémiotique ; sa méfiance de bon aloi à l’égard de toute postulation inutile d’entités abstraites. Puis furent précisées nos deux réserves : la première place donnée aux individus et la réticence à renoncer au schéma aristotélicien de la substance et de l’attribut (d’où l’importance donnée aux qualités, et l’incapacité à accorder une authentique réalité aux relations). On a ensuite montré la persistance de ces idées dans le nominalisme contemporain, dont on a dressé une brève cartographie des variantes (théorie des tropes, nominalisme des prédicats, nominalisme méréologique, nominalisme des classes, nominalisme causal), et expliqué pourquoi le concept de « ressemblance » est au cœur de toutes les versions (médiévales, modernes et contemporaines). Pour élucider les conditions de la ressemblance et les difficultés auxquelles on se heurte, on a analysé pour finir le texte classique de Henry H. Price « Universals and Resemblances » (1953) qui fait un exposé clair des problèmes respectifs que doivent affronter les partisans, soit d’une philosophie des universaux (réification, incapacité à penser degrés ou intensité), soit d’une philosophie de la ressemblance (comme celle du conceptualiste Locke), mieux à même, selon Price, de rendre compte de l’expérience, et qui introduit la notion de ressemblance « à quelque égard » ou « à des degrés divers ».