Amphithéâtre Guillaume Budé, Site Marcelin Berthelot
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Résumé

On est revenu sur les mérites des philosophies de la ressemblance jugées mieux à même de rendre compte des degrés d’instanciation, mais on a aussi souligné leurs défauts : on ne précise pas par rapport à quoi des objets censés se ressembler se ressemblent. Ce « quoi » réintroduit en douce un universel (Russell). On a illustré les approches possibles du fundamentum universalitatis, par le dialogue entre Locke et Leibniz, largement étudié dans le cours sur « La métaphysique des espèces naturelles » (voir les séances des 27 février et 6 mars 2013), où l’on voit les éléments décisifs qui se jouent dans les choix à faire : y a-t-il dans la nature, des fondements aux espèces distinctes, des ressemblances authentiques et ultimes, ou bien toutes nos classifications sont-elles le produit d’essences nominales qui rendent inutiles les essences réelles aristotéliciennes ? On a aussi rappelé les analyses pertinentes de Wittgenstein pour parer à certaines objections adressées aux philosophies de la ressemblance, mais mis en garde, pour finir, contre un conflit souvent plus apparent que réel entre partisans des universaux et partisans des ressemblances. Puis, on a fait le point sur la réflexion à laquelle on est parvenu à ce stade de l’enquête, rappelé les quatre étapes suivies et imposées par la défense de l’idée qu’une réflexion sur l’universel implique une approche métaphysique et précisé les résultats obtenus : on a clarifié les faux problèmes, contourné maintes illusions (sur les modalités, la réalité, le réalisme, le concept d’individu absolu) ; indiqué les intuitions et malentendus à corriger : sur l’universel, les distinctions entre universel, général, nécessaire, le ou plutôt les sens à donner aux concepts de « réalisme » et de « nominalisme », la nécessité de ne pas réduire le réalisme au seul réalisme métaphysique, l’approfondissement nécessaire du bien-fondé ou non de l’opposition entre universel et particulier, l’attention à la structure sujet-prédicat qui tend à occulter l’importance d’autres caractères que les qualités (comme les relations ou encore les propriétés dispositionnelles des objets). On a rappelé l’importance du passage dans l’enquête, à la phase a posteriori, et donc à la confrontation des analyses logiques et sémantiques à la réalité que nous décrivent les sciences, ce qui oblige à un déplacement du problème des universaux, de la question de savoir si les universaux sont réels à celle de savoir si les lois ou les types généraux sont des fictions de l’esprit ou sont réels (Peirce), et, si l’on est réaliste, à démontrer comment les lois ou les principes généraux sont réellement opératoires dans la nature, la dernière étape consistant alors à justifier le type d’engagement métaphysique que cela implique. Si, comme nous le pensons, l’on peut (et doit) se prononcer en faveur de possibilia métaphysiques réels, on peut le faire, dans une démarche d’humilité raisonnée, conformément au réalisme dispositionnel (non pas métaphysique, mais scolastique) que nous défendons en métaphysique, qui suppose un réalisme sémantique, scientifique, et essentialiste d’un certain type (« aliquidditisme ») dont on a rapidement rappelé les principaux aspects.

Enfin, dans la dernière partie du cours, en réponse aux défis posés lors de la première séance, s’agissant des problèmes éthiques que posent les concepts d’« universel » et d’« universalisme », on a rappelé que si répondre au problème des universaux est aussi impératif aujourd’hui que ce pouvait l’être hier (Russell, Peirce), c’est parce que, tout en ayant ses racines dans les technicités de la logique, il concerne en fait tous les aspects de notre vie : contrairement, donc, à ce que l’on pourrait trop rapidement conclure de l’examen mené cette année, les aspects éthiques (et politiques) de la question étaient tout sauf absents. On les a passés, pour finir, en revue, en insistant sur les liens entre les analyses menées dans le cours et celles que nous avions faites (notamment sur les concepts de « vérité » et de « connaissance », et sur leur importance en matière d’éthique, de politique, et, plus particulièrement, de démocratie) dans notre cours de 2016 « Connaissance, vérité et démocratie », ou dans notre livre en ligne de 2014. Une défense de l’universalisme s’impose, qui doit aussi passer par une lutte sans merci contre les risques que continue de faire peser sur la connaissance et sur la démocratie le défi sceptique, auquel le cours de 2022-2023 devra donc s’atteler.