Résumé
La modélisation climatique d’un basculement de l’AMOC équivalent à l’événement Heinrich 1 indique une répartition spatiale caractéristique des changements de température de surface, avec un refroidissement centré sur l’Atlantique Nord et un réchauffement généralisé, quoique modéré, aux moyennes et hautes latitudes de l’hémisphère Sud. Certaines simulations suggèrent aussi un réchauffement des masses d’eau de subsurface en Atlantique Nord.
Les enregistrements sédimentaires indiquent que les renversements climatiques du Tardiglaciaire, Heinrich 1 et Dryas récent, font partie d’une succession d’instabilités rapides typique des périodes glaciaires. Plusieurs causes ont été proposées pour expliquer les événements de Heinrich caractérisés par des débâcles d’icebergs en Atlantique Nord : forçages externes, oscillations libres d’une calotte de glace, rétroaction des calottes en réponse aux perturbations océaniques et hydrologiques.
Dans le détail, les enregistrements sédimentaires démontrent la complexité de ces événements abrupts. Par exemple, l’événement de Heinrich 1 est constitué de deux phases successives dont les datations et l’origine font encore l’objet d’intenses recherches. Des indicateurs minéralogiques et géochimiques suggèrent des provenances différentes pour les icebergs (calottes laurentienne ou fennoscandienne). Certaines études invoquent aussi un retard des flux d’icebergs par rapport au renversement thermique. Cet éventuel déphasage implique que l’événement de Heinrich 1 ne serait pas la cause du refroidissement généralisé, mais une rétroaction amplifiant le phénomène de bascule climatique.
Une modélisation exhaustive du phénomène nécessite une représentation tridimensionnelle interactive des couplages entre l’océan, les calottes de glaces, les plateformes de glace et la banquise. Cette représentation doit être suffisamment détaillée pour prendre en compte le flux géothermique sous la calotte, la géométrie du contact entre la glace et le substratum rocheux, notamment au niveau du contact avec l’eau de mer (ligne d’échouage), ainsi que le réajustement isostatique durant la déglaciation. Les premières tentatives de modélisation complètes permettent d’identifier des mécanismes possibles pour expliquer les différentes phases observées, même s’il n’y a pas encore d’accord sur l’importance et le rôle exact de la phase de débâcle d’icebergs.