29 Mar 2019
11:00 - 12:00
Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
En libre accès, dans la limite des places disponibles
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Résumé

L’intertemporalité affecte non seulement les frontières, les régimes, la carte de l’Europe et les structures d’accueil, mais également les objets eux-mêmes. Pendant leur absence – et le phénomène s’amplifie avec la durée de cette absence – les objets se transforment, sont vus autrement, parfois modifiés ou restaurés, et sont à la fois les mêmes et différents lorsqu’ils reviennent.

Le musée Napoléon investit ainsi des sommes considérables dans la restauration des pièces destinées à être présentées dans ses galeries. Or, restaurer un tableau, ce n’est pas seulement effectuer sur lui un geste technique, mais aussi dire quelque chose sur lui, sur sa valeur et sur la façon dont on considère ses restaurations précédentes, c’est donc aussi exprimer de façon sous-jacente l’idée que ceux qui sont le mieux capables techniquement et technologiquement de conserver les œuvres sont aussi les seuls qui méritent de les posséder.

Au-delà de la matérialité des pièces, les modifications qui les affectent sont des mutations immatérielles et intellectuelles. Parmi les œuvres arrivées à Paris, certaines n’avaient guère été étudiées dans leur contexte originel. Placées dans un ensemble scientifique, si l’on considère les musées comme des fabriques de l’histoire de l’art qui les mettent en contexte dans l’histoire d’un peintre ou d’une école, elles participent à l’élaboration, depuis Paris, d’un discours scientifique qui irrigue toute l’Europe et alimente pendant plusieurs décennies le travail des historiens de l’art, antiquaires et archéologues. Même si seules quelques œuvres exposées au musée Napoléon bénéficient de publications scientifiques et que toutes celles qui disparaissent dans les dépôts ne sont pas traitées, les pièces visibles sont donc recodées, réévaluées et augmentées par le regard scientifique porté sur elles.

Enfin, l’acte de reprise, souvent vécu comme un événement patriotique, peut modifier l’image du patrimoine annexé. Certaines œuvres qui ne revêtaient préalablement pas de dimension politique particulière, ou en tout cas pas ostensiblement, vont ainsi faire l’objet de fortes projections identitaires dès lors qu’elles réintègreront leur territoire d’origine.