Résumé
Nous parlons volontiers de « protéger la nature », de « préserver la biodiversité », de « services écosystémiques ». Mais derrière ces formules se cache une vision du monde bien particulière : celle d'un humain séparé du vivant, qui décide souverainement de ce qu'il convient de sauver, et de ce qu'il peut sacrifier. La nature est réduite à une réserve de ressources, un décor à entretenir, un patrimoine humanisé. Même la notion de « service écosystémique », pourtant née d'une intention louable, trahit cette logique : la forêt vaut parce qu'elle filtre l'eau, le récif corallien parce qu'il protège les côtes, l'abeille parce qu'elle pollinise nos cultures. Et si elle ne « sert » à rien ?
Pourtant, la biologie raconte une tout autre histoire. Les travaux sur les symbioses mycorhiziennes (association entre des champignons et les racines des plantes) montrent que la coopération entre espèces est plus fondamentale que la compétition. La philosophie contemporaine, de son côté, nous invite à repenser notre rapport aux autres vivants non plus comme une gestion, mais comme une cohabitation, une « diplomatie », pour reprendre le mot du chercheur Baptiste Morizot.
La question que pose cette table ronde est aussi simple que vertigineuse : la nature a-t-elle une valeur en elle-même, indépendamment de ce qu’elle nous apporte ? Et si oui, qu’est-ce que cela change concrètement dans le droit, dans l'économie, dans notre manière d'habiter le monde ?
Cette table ronde, animée par des étudiants de Sorbonne Université, propose de faire dialoguer biologistes et philosophes pour repenser notre appartenance au vivant, non pas comme un slogan, mais comme un changement de regard aux conséquences profondes.