Débats d'histoire

Février 2016 : Le Bon larron

Avec : Roger Chartier, Patrick Boucheron, professeurs du Collège de France et Christiane Klapisch-Zuber.

Le bon larron et la bonne mort

Notre troisième « Débat d’histoire » trouve son thème dans un livre magnifique que Christiane Klapisch-Zuber vient de publier chez Alma, éditeur. Il a pour titre Le voleur de Paradis. Le bon larron dans l’art et la société (XIVe-XVIe siècle). Son objet est de comprendre pourquoi et comment l’un des deux voleurs crucifiés avec Jésus est devenu en Occident un presque saint, modèle de la repentance qui accorde au pécheur pénitent la miséricorde divine et l’entrée au Paradis. Et cela même si elle est énoncée dans les ultimes moments de la vie.

Deux traditions ont construit dans les Chrétientés d’Orient et d’Occident le culte du bon larron. La première est textuelle. Elle enrichit et commente au fil des siècles les versets de l’Evangile de Luc qui rapportent les mots de Jésus promettant à l’un des deux crucifiés, celui qui accepte son châtiment et montre de la pitié, qu’il l’accompagnera en ce jour même au Paradis. La seconde tradition est iconographique. Elle fait place au bon et au mauvais larron dans les représentations de la crucifixion. Nombreux sont les tableaux, les fresques, les gravures qui, en donnant à voir le calvaire, interprètent les textes, inventent une histoire, provoquent émotions et dévotions.

C’est en compagnie de Patrick Boucheron que nous présenterons ici l’enquête menée par Christiane Klapisch-Zuber, qui noue un lien étroit entre les représentations du bon larron et les expériences qui les informent ou qu’elles transforment. Ainsi les derniers moments des condamnés, assistés en Italie par les confréries de miséricorde qui, en obtenant la confession et le repentir de ceux et celles qui vont être pendus ou décapités, leur assurent le salut. Ainsi les voyages en Terre Sainte, par des pèlerins qui veulent retrouver les lieux de la crucifixion, vus sur les images et lus dans les textes, et qui compensent la difficulté à le faire en rapportant des traces matérielles (des morceaux de pierre, un peu de terre, des fragments de bois) investis par la sacralité.

Jamais béatifié ou canonisé, Dismas, le bon larron, devient un presque saint, représenté avec une auréole et vénéré comme un intercesseur. II est doté tardivement d’une vie, qui lui a fait rencontrer Marie et Jésus, et les reliques de sa croix lui donnent présence en différents lieux du monde chrétien.

Ouvrage

  • Le voleur de Paradis. Le bon larron dans l’art et la société (XIVe-XVIe siècle)

    Klapisch-Zuber C., Le voleur de Paradis. Le bon larron dans l’art et la société (XIVe-XVIe siècle), Paris, Alma, 2015, 386 p.