Nouvelles chaires

Champs, cordes et gravité

Marc Henneaux est un physicien belge qui a effectué une partie de sa carrière aux Etats-Unis, notamment auprès de Claudio Bunster (Teitelboim Weitzman) à l’Université de Princeton (1978-1979), puis d’Austin (1981-1984), dans le groupe de John Wheeler. Il devient ensuite chercheur au Fonds national de la recherche scientifique (Belgique) avant de rejoindre en 1993 l’Université Libre de Bruxelles où il est nommé professeur. Il y crée, en 1996, le groupe de Physique théorique et mathématique, dont il a assuré la direction jusqu'en 2012. Il exerce depuis 2004 les fonctions de directeur des Instituts Internationaux Solvay de Physique et de Chimie qui organisent depuis 1911 les fameux Conseils de Physique et de Chimie Solvay.

Marc Henneaux travaille sur les forces fondamentales, leurs symétries et en particulier la gravité. Ses domaines de recherche sont les théories de jauge, la théorie d’Einstein, la théorie des cordes et sa généralisation, la théorie-M. Il s’est intéressé aux solutions des équations d’Einstein dans un espace anti- de Sitter (soit avec une constante cosmologique Λ négative). Il est un des spécialistes les plus reconnus du domaine, et a contribué à des découvertes majeures, à fort impact dans la communauté de la physique et au-delà, qui ont donné lieu à de nombreux développements dans la littérature.

Une partie importante de ses travaux a exploité les espace-temps en dimension 3 (2 espace+1 temps), qui sont des laboratoires exceptionnels pour tester des concepts de la gravité, tout en étant plus simples que les espaces de dimensions plus élevées, et pourtant assez riches pour d’une part posséder des trous noirs, avec toute leur thermodynamique, d’autre part pouvoir inclure les champs de spin élevé, domaine en plein développement aujourd’hui, et enfin permettre l’étude de la correspondance AdS/CFT (anti- de Sitter / Conformal Field Theory) holographique.

Dès les années 1980, Marc Henneaux a eu l’intuition de cette richesse, et avec J. David Brown, alors en thèse à l’Université du Texas, il a été à l’origine d’une avancée importante : la découverte que la gravité dans l’espace-temps à 3 dimensions avec constante cosmologique négative possédait des symétries asymptotiques formant une algèbre infini-dimensionnelle et isomorphe à l'algèbre conforme de l'espace plat à 2 dimensions avec charge centrale non nulle. Ils ont donné la valeur de cette charge centrale, appelée depuis « charge centrale de Brown-Henneaux ». Ce travail est considéré comme l'un des précurseurs de la célèbre correspondance AdS/CFT, ou holographique, découverte par Juan Maldacena en 1997.

Il a également apporté des contributions majeures à la théorie des champs de jauge de spins élevés.

- Leçon inaugurale jeudi 5 mars 2020 à 18h00

Génétique humaine et évolution

Lluis Quintana-Murci, né en 1970, est directeur de recherche au CNRS et professeur à l’Institut Pasteur où il dirige l’unité « Génomique évolutive, modélisation et santé ». Auteur de plus de 200 publications, Lluis Quintana-Murci est un chercheur reconnu mondialement pour ses travaux sur la diversité du génome humain, dont les déclinaisons sont nombreuses et fécondes, aussi bien d’un point de vue fondamental que d’un point de vue appliqué, faisant progresser notre connaissance et notre compréhension de certains phénotypes d’intérêt médical, en lien avec la réponse immunitaire ou encore la nutrition.

Ses premiers travaux en génétique ont permis de valider l’hypothèse d’une sortie d’Afrique d’Homo sapiens il y a ~60,000 ans (hypothèse du remplacement) par la voie dite d’Afrique de l’Est. A la suite de cette étude, il a utilisé son expertise en génomique évolutive pour aborder avec une perspective nouvelle les questions relatives à la diversité génétique et épigénétique de l’espèce humaine, comme la façon dont la sélection naturelle – en particulier celle exercée par les pathogènes – a façonné la diversité du génome humain.

Les recherches de Lluis Quintana-Murci ont également porté sur la contribution de la variabilité génétique de l’hôte à des différences de réponses immunitaires aux agents pathogènes et aux maladies infectieuses. Il a ainsi montré avec son équipe de l’Institut Pasteur que certains allèles, qui ont pu être avantagés dans le passé, car conférant un avantage lors d’une infection, seraient aujourd’hui responsables d’une susceptibilité accrue aux maladies auto-immunes et inflammatoires.

- Leçon inaugurale jeudi 6 février 2020 à 18h00

Littératures comparées

Ancien élève de l'École normale supérieure et agrégé de lettres classiques, William Marx, né en 1966, est passé par de nombreuses universités françaises, dont l’université Paris Nanterre, où il fut professeur de 2009 à 2019, et étrangères, en Amérique du Nord, en Europe ou encore au Japon. Il est l’auteur d’une centaine d’articles portant notamment sur l’Antiquité classique, sur la littérature et les arts depuis le XIXe siècle autour de la question du modernisme, ainsi que sur l’histoire et l’épistémologie des études littéraires.

Spécialiste des traditions littéraires française, anglo-américaine, italienne et germanique, comme des littératures grecque et latine, William Marx est aussi un philologue reconnu, qui a établi des éditions critiques, comme celle du dernier tome de l'édition des Cahiers 1894-1914 de Paul Valéry (Gallimard, 2016), et celle des notes de T.S. Eliot sur le cours d’Henri Bergson au Collège de France.

Lauréat de l'Académie française, membre honoraire de l'Institut universitaire de France, membre du conseil scientifique du Wissenschaftskolleg zu Berlin (Allemagne), dont il a été fellow, régulièrement invité dans les universités étrangères, William Marx est l'auteur de nombreux ouvrages et essais traduits en une dizaine de langues, parmi lesquels : Un savoir gai (Minuit, 2018), La Haine de la littérature (Minuit, 2015), Le Tombeau d'Œdipe (Minuit, 2012), Vie du lettré (Minuit, 2009), L'Adieu à la littérature (Minuit, 2005), Les Arrière-gardes au XXe siècle (dir., PUF, 2004), Naissance de la critique moderne (Artois Presses Université, 2002). Ses ouvrages sont publiés aux États-Unis et dans le monde anglophone par Harvard University Press et Verso Books.

Leçon inaugurale jeudi 23 janvier 2020 à 18h00

Philosophie du langage et de l'esprit

Pragmatique de l’énonciation ; contextualisme ; théorie de la référence directe ; indexicalité mentale et subjectivité ; dossiers mentaux. Autant de concepts et de thèmes majeurs de la philosophie contemporaine auxquels le nom de François Recanati est étroitement associé. Auteur d’une œuvre riche de onze livres parus chez les plus grands éditeurs universitaires, et de plus de cent cinquante articles parus dans des revues scientifiques ou des ouvrages collectifs, il a contribué à consolider un champ de recherche aujourd’hui très actif internationalement, au croisement de la philosophie du langage et de l’esprit, de la linguistique et des sciences cognitives. Sa recherche nous amène à reconsidérer la relation entre le langage et la pensée.

Membre du CNRS depuis 1979, directeur d’étude à l’EHESS (où il était entré en 1975), cofondateur en 2000 et ancien directeur de l’Institut Jean Nicod, unité de recherche d’une centaine de personnes commune à l’École normale supérieure et à l’EHESS, François Recanati a produit une œuvre considérable dont le retentissement est mondial, comme en attestent ses invitations à enseigner dans les universités les plus prestigieuses et les nombreuses traductions dont ses travaux font l'objet. Il est l’un des philosophes français les plus connus dans le monde anglo-saxon.

Depuis toujours, la philosophie s’est souciée du sens des mots, de son caractère naturel ou conventionnel, de la relation des signes à la pensée et aux choses. Pour les philosophes classiques, ces questions relevaient d’une analyse des idées et de la manière dont la structure de l’esprit reflète, à travers la structure du discours, celle des choses. Pour les empiristes, les Idéologues, puis les psychologues du XIXe siècle, il s’agissait de donner une assise scientifique à l’étude de l’acquisition par l’esprit humain des significations et de leur expression dans le langage. Les tournants logico-linguistiques du XXe siècle constituèrent une fin de non-recevoir à une approche faisant du sens le produit des contenus mentaux. Retrouvant au passage certaines conceptions, stoïciennes et médiévales, de la proposition, fleurirent alors des conceptions plutôt objectivistes de la signification. Mais, c’est à la fin du XXe siècle que revient en force, avec le « tournant cognitiviste », la perspective cartésienne ou lockéenne, celle des mots comme miroir des idées, notamment avec l'apport des sciences cognitives et des neurosciences.

Le Collège de France, en tant que lieu de croisement et d’émergence des disciplines a joué un rôle important dans ces débats, à travers des figures de la linguistique ou de l’étude des langues, comme Bréal (1832-1915) ou Benveniste (1902-1976), des sciences cognitives, comme Ribot (1839-1916), Jean-Pierre Changeux (1936-) ou Stanislas Dehaene (1965-), et, bien entendu, de la philosophie, dans une perspective d’analyse des théories du sens et du discours, notamment au XXe siècle, de Bergson à Merleau-Ponty et Foucault, en passant par Vuillemin (1901-2001), Granger (1920-2016), Jacques Bouveresse (1940-...), pour n’en citer que quelques-unes.

- Leçon inaugurale jeudi 12 décembre 2019 à 18h

Histoire et archéologie des mondes africains

Spécialiste reconnu de l’histoire ancienne de l’Afrique, François-Xavier Fauvelle, né en 1968, fait partie d’une nouvelle génération de chercheurs qui s’est attachée à nous livrer une histoire de l’Afrique connectée, vivante et globale, toujours en mouvement. En ouvrant la réflexion épistémologique sur l’écrit et l’archéologie, ses travaux proposent au spécialiste, mais aussi au grand public, de découvrir ou redécouvrir la variété et la singularité des mondes africains en luttant contre les préjugés d’une Afrique « sans histoire ».

- Leçon inaugurale jeudi 3 octobre 2019 à 18h