Résumé
La multiplicité foisonnante des dieux chinois, nourrie sans cesse par la promotion et canonisation décentralisée de défunts et d’autres entités, nécessite des principes d’ordre. Ces principes établissent des modes de rapport entre ces dieux, mais aussi avec les humains qui entrent dans une relation formalisée avec eux (et aspirent à rejoindre leurs rangs). Il en existe plusieurs à l’œuvre, que l’on examinera tour à tour avant de contraster leurs logiques et leurs imbrications. Le premier est le principe bureaucratique : chacun a un rang qui fixe ses droits et devoirs, selon un code universel, et chacun peut être promu (ou déchu) en fonction de ses mérites. Le second est le rapport personnel, familial à strictement parler (alliance, ascendance) ou par adoption (de nombreux humains et dieux « mineurs » sont les disciples de grands dieux). Un troisième sont les affinités personnelles et les affects (amitiés, mais aussi inimités), parfois exprimés par les dieux eux-mêmes. Ces différents types de relations, certains verticales, d’autres plus horizontales, dessinent un champ complexe avec des pôles d’attraction autour de grands dieux, dont le culte est plus ou moins universel dans le monde chinois. Comprendre l’imbrication de ces différentes logiques, en particulier à l’époque prémoderne et moderne, demande de ne pas se contenter d’un type de source (normatif, narratif) mais d’embrasser l’ensemble des situations d’interaction et d’avoir recours à des outils tels que l’analyse de réseaux sociaux.