Résumé
Derrière le livre de Qohélet se cache un discours plus large qui a laissé des traces non seulement dans ce livre, mais aussi dans le livre des Proverbes, le livre de Job et certains Psaumes sapientiaux. Cette thèse suppose que les textes de la Bible hébraïque documentent des débats et des controverses qui peuvent être reconstruits à l’aide des documents littéraires dont nous disposons. Les discussions et controverses documentées dans les livres de Qohélet, des Proverbes et de Job, ainsi que dans certains Psaumes sapientiaux, peuvent être décrites comme un discours sapientiel cohérent. La notion de sagesse désigne ici l’effort de réflexion, basé sur l’observation du monde, ayant pour but d’étudier les mécanismes de fonctionnement du monde et de la réalité ainsi que la question d’une vie réussie, et d’explorer les différentes possibilités de répondre à ces questions. Un point central du discours sapientiel est la thèse d’un lien entre l’action et le destin, c’est-à-dire l’idée que les actions et le comportement d’un individu ou d’un groupe ont des conséquences sur leur existence et leur bien-être dans le monde. Ainsi, les auteurs du livre des Proverbes, sur la base de leur observation des mécanismes du monde, parviennent à la conclusion selon laquelle les actions de l’individu et son destin se correspondent, c’est-à-dire que celui qui agit bien réussit et que celui qui se montre malfaisant échoue. Le livre de Job montre, à l’instar de son protagoniste – un homme juste qui souffre sans l’avoir mérité –, que la supposition selon laquelle les actions et les conséquences se correspondent ne décrit pas de manière adéquate les liens qui existent dans le monde. Le livre de Qohélet prend ici une position particulière : il remet en question la capacité de l’homme à comprendre les liens et relations qui existent dans le monde ; mais en même temps, il lui recommande de saisir la chance qui lui est donnée de profiter de la joie de vivre.