Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
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Résumé

Lever les yeux vers ce qui nous regarde : tel est le pouvoir des lieux de pouvoir. La réflexion théorique sur le locus médiéval permet d’enrichir cette anthropologie de l’autorité, qui incite ceux qui vivent à l’ombre de ce regard souverain à prétendre s’approcher de l’inaccessible. Mais c’est inévitablement le paradigme versaillais de la représentation louis-quatorzienne qui s’impose, aujourd’hui encore, à notre contemporain, puisque le pouvoir s’exerce ordinairement dans les anciens palais de la monarchie. Suivant les analyses de Louis Marin, on rappelle que dans la rhétorique classique, ces palais doivent édifier moralement ceux qui les ont bâtis : ils architecturent le monarque qui les a désirés, qui les habitent, les parcourent et les parlent. Or, nous vivons un point de bascule où le discours de la force ne s’embarrasse plus ni de rhétorique ni de cérémonial : en prenant des exemples récents d’appropriations monarchitecturales de l’espace, qui passent par la profanation symbolique des lieux de pouvoir ou la prédation de l’espace de la domination, on cherche à définir la manière dont le pouvoir tyrannique cherche à échapper à l’emprise des lieux.

Sommaire

  • In loco qui dicitur : espace, corps, langage, événement
  • Retour sur les attendus d’une topologie du pouvoir et sur les caractéristiques de la spatialité médiévale
  • Peut-on habiter les lieux sans se laisser habiter par eux ? (Étienne Helmer, Ici et là. Une philosophie des lieux, Verdier, 2019)
  • S’approcher de l’inaccessible : proximité du divin et classement des personnes (Didier Méhu, « L’église comme “lieu”, l’église comme “espace”. Réflexions à partir de travaux récents en langue française », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 49, 2025)
  • À Urbino, façade d’autorité et yeux du prince (Patrick Boucheron, De l’éloquence architecture. Milan, Mantoue, Urbino (1450-1520), B2, 2014)
  • Un lieu de pouvoir est cela qui vous fait lever les yeux vers ce qui vous regarde
  • « C’est la vie telle qu’on la mène au village au pied du château » (Walter Benjamin)
  • Tenir à l’œil : l’empire des détails (Le Regard souverain : Les plans-reliefs dans les collections du palais des Beaux-Arts de Lille, 2019)
  • Qu’est-ce qu’un point de bascule ?
  • Trouver la bonne distance : retour sur les intentions et les précédents de ce cours
  • De la peste à l’amour et de l’amour aux lieux : L’exercice de l’État, ou comment ne pas se laisser dévorer par un lieu de pouvoir ?
  • À Washington, le 6 janvier 2021 et le 28 février 2025, deux profanations symboliques
  • La Maison-Blanche et le Bureau ovale : lieu de mémoire et dispositif visuel
  • L’appropriation « monarchitecturale » de l’espace (Louis Marin, « L’architecture du prince. Le lieu du pouvoir : Versailles », JTLA, University of Tokyo, 1989)
  • Lieu de pouvoir et corps politique à « l’arrière-fond sombre du pouvoir » (Gilles Deleuze)
  • « Il faut s’arrêter sur le haut des degrés pour considérer la situation des parterres » : quand le roi Louis XIV fait visiter ses jardins
  • Les maître du récit  et l’« assujettissement du visiteur spectateur dans une sorte d’obligation d’imitation de l’œil du Maître et de son regard » (Louis Marin)
  • L’art de prendre le pouvoir sur le temps des autres (Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, 1997)
  • Détruire la Maison-Blanche : prédation architecturale et consommation de l’espace
  • Du Walk of fame des présidents américains aux portraits des doges à Venise : continuité de l’État et éclipse de la puissance
  • Hic est locus Ser Marini Falieri decapitati pro criminibus : un effet de représentation
  • Échapper au pouvoir des lieux : Mar-al-Lago, un horizon onirique de l’absolu du pouvoir
  • « Poche de pouvoir » et exploitation de l’économie symbolique de la renommée
  • Itinérance du pouvoir et diplomatie du golf dans un monde trumpisé
  • À Turnberry, le 27 juillet 2025 : spectacle de la soumission et « vassalisation heureuse »
  • « Nous n’irons pas à Canossa » : au XIsiècle, humiliation, pénitence, royauté davidique
  • Quand les lieux de pouvoir portent la mémoire d’une histoire de la royauté pénitentielle (Gilbert Dagron, Empereur et prêtre. Essai sur le “césaropapisme” byzantin, Gallimard, 1996)
  • « Le cérémonial donne le canevas, mais l’histoire brode dessus. Elle fait jurisprudence, elle a toujours le dernier mot ». Quel sera le dernier mot ?
  • Dernière consolation : l’enlaidissement du pouvoir.