Résumé
Lever les yeux vers ce qui nous regarde : tel est le pouvoir des lieux de pouvoir. La réflexion théorique sur le locus médiéval permet d’enrichir cette anthropologie de l’autorité, qui incite ceux qui vivent à l’ombre de ce regard souverain à prétendre s’approcher de l’inaccessible. Mais c’est inévitablement le paradigme versaillais de la représentation louis-quatorzienne qui s’impose, aujourd’hui encore, à notre contemporain, puisque le pouvoir s’exerce ordinairement dans les anciens palais de la monarchie. Suivant les analyses de Louis Marin, on rappelle que dans la rhétorique classique, ces palais doivent édifier moralement ceux qui les ont bâtis : ils architecturent le monarque qui les a désirés, qui les habitent, les parcourent et les parlent. Or, nous vivons un point de bascule où le discours de la force ne s’embarrasse plus ni de rhétorique ni de cérémonial : en prenant des exemples récents d’appropriations monarchitecturales de l’espace, qui passent par la profanation symbolique des lieux de pouvoir ou la prédation de l’espace de la domination, on cherche à définir la manière dont le pouvoir tyrannique cherche à échapper à l’emprise des lieux.