Résumé
Depuis Plutarque, la littérature politique enseigne aux princes l’attitude à adopter entre l’offrande et le retrait, l’exposition publique et l’ombre du secret. Les lieux de pouvoir, dans leur architecture même, mettent à l’épreuve ces dilemmes. C’est le cas du palais d’Urbino, dont on analyse la distribution des espaces, depuis l’atrium jusqu’au studiolo. Mais tout cela suppose que les dirigeants acceptent de jouer le jeu. Que se passe-t-il lorsque ce n’est pas le cas, et qu’ils préfèrent se dérober au métier de régner ? Le cas de Louis XI permet de saisir cette tentation de l’échappée belle : elle ne consiste pas seulement à se ménager des retraits ou des résidences écartées, mais à envisager la possibilité de gouverner d’ailleurs, depuis un lieu imaginaire. Ce refuge peut être de beauté ou de folie, comme on le suggère en analysant le passage, dans le Trattato di architettura d’Antonio Averlino dit le Filarete, de la volonté d’édifier une ville idéale à la tentation de l’hétérotopie, qui inquiète davantage qu’elle ne console.