Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
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Résumé

Le 15 janvier 1975, la statue d’Eugène Guillaume « Saint Louis rendant la justice sous son chêne », installée en 1877 dans la galerie Saint-Louis de la Cour de cassation au palais de justice de Paris, est visée par un attentat à la bombe. Pourquoi les militants du GARI la considéraient-ils alors comme « image historique de la “justice” d’État » ? L’enquête prend d’abord la forme classique d’une archéologie textuelle, depuis L’Histoire de Saint Louis de Joinville jusqu’à l’exaltation, sous le règne de Louis XIV, du motif de l’arbre de justice, susceptible de naturaliser et d’enraciner dans la nation la notion même de justice souveraine. Mais elle suit ensuite la piste végétale. D’abord, pour inscrire ce chêne dans la forêt de Vincennes et dans l’histoire naturelle des lieux de pouvoirs. Ensuite, pour la saisir dans la pensée symbolique Moyen Âge, dont l’arbre des connaissances classe les essences forestières en fonction de leurs rôles politiques. Davantage que le motif biblique de l’arbre de Jessé, c’est cette arborescence logique qui permet de penser l’engendrement et la transmission à partir de l’imaginaire de l’arbre généalogique. Mais s’il y a des arbres souverains, il n’y a pas de roi des arbres, et certains, comme l’orme, peuvent aussi abriter une conception communale non seulement de l’exercice de la justice, mais d’une communauté politique réglée par le contrôle de la parole.

Sommaire

  • « En détruisant l’effigie de Saint Louis, image historique de la “justice” d’État… » (15 janvier 1975) : enquête sur une déflagration
  • Le ciel de traîne de 1968 et la violence politique (Fanny Bugnon, « De l’“agitation” au “terrorisme” : enjeux de la médiatisation de la violence révolutionnaire en France (1973-1986) », Lien social et Politiques, 2012)
  • Franquisme et médiévalisme : le « Dieu des batailles » dans Le Dimanche de Bouvines de Georges Duby (Felipe Brandi, « Connaissance historique et usages politiques du passé. Considérations autour de l’épilogue du Dimanche de Bouvines de Georges Duby », Cahiers du CRH, 44, 2009)
  • Théologie politique et architecture palatiale : du Palais de la Cité au Palais de justice
  • Curia regis, Parlement, justices souveraines
  • Politiques monumentales à la Cour de cassation (Philippe Galanopoulos, « La Cour de Cassation. De l’exigence de préservation patrimoniale à l’expression d’une politique culturelle », In Situ, 48, 2022)
  • Eugène Guillaume et la statuaire d’État : « Saint Louis sous son chêne » (1877)
  • Détour sur un rond-point de Bagnères-de-Luchon : Eugène Guillaume et le Collège de France
  • La matrice narrative d’un imaginaire : Joinville et l’épisode du chêne de Vincennes (Marie Dejoux, « Le chêne de Vincennes. Retour sur une image emblématique de la justice française », Revue historique de droit français et étranger, 98, 2020)
  • « Nous qui étions près de lui » : un roi « touché de près » (Jacques Le Goff, Saint Louis, Paris, Gallimard, 1996)
  • « Expédiez-moi cette partie » : l’exercice de la justice entre humilité chrétienne et technicité judiciaire (Marie Dejoux, Pierre-Anne Forcadet, Vincent Martin, Liêm Tuttle, La justice de Saint Louis. Dans l’ombre du chêne, Paris, PUF, 2024)
  • Sources narratives et actes de la pratique (Marie Dejoux, Saint Louis après Jacques Le Goff. Nouveaux regards sur le roi et son gouvernement, Rennes, PUR, 2025)
  • La transformation du motif de l’arbre de justice au temps de Louis XIV : naturalisation et enracinement de la justice souveraine
  • L’arbre de Saint Louis dans son environnement naturel : la forêt de Vincennes (Jean Chapelot et Elisabeth Lalou dir., Vincennes aux origines de l’État moderne, Paris, ENS éditions, 1996)
  • Un roi qui ne chasse pas, mais qui parle
  • Peut-on faire l’histoire naturelle d’un lieu de pouvoir ? (Grégory Quenet, Versailles, une histoire naturelle, Paris, La Découverte, 2016)
  • Quercus robur : histoire naturelle et imaginaire du chêne
  • De quel bois sommes-nous fait ? Lignum et materia prima (Michel Pastoureau, Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental, Paris, Le Seuil, 2004)
  • Il n’y a pas de roi des arbres, mais il y a des arbres souverains
  • Des essences forestières : arbres funestes et arbres bénéfiques (Alice Laforet, Connaissance des arbres au Moyen Âge. Savoirs et discours botaniques dans les encyclopédies, les herbiers et les textes agronomiques (XIIe-XVsiècle), thèse de l’université Grenoble Alpes, 2023)
  • Ambivalences symboliques : noix et noyers (Pauline Leplongon, Histoire culturelle de la noix et du noyer en Occident de l’Antiquité romaine au XVIIIsiècle, thèse de l’université PSL, 2017)
  • Des arbres remarquables : l’orme de Saint Gervais à Paris
  • « Attendez-moi sous l’orme » : les juges de la porte et les juges de l’orme (Robert Jacob, Images de la Justice. Essai sur l’iconographie judiciaire du Moyen Âge à l’âge classique, Paris, Le Léopard d’Or, 1994)
  • Quand les arbres racontent l’histoire du Moyen Âge : l’orme communal et l’assemblée des citoyens (Paolo Grillo, I giganti silenziosi. Il Medioevo in dieci alberi, Milan, Mondadori, 2025)
  • Le songe de Nabuchodonosor, ou l’ivresse des cimes du pouvoir
  • De Jacques Callot à Billie Holiday : l’arbre des pendus
  • Le pilori comme arbre symbolique (Isabelle d’Artagnan, Le Pilori au Moyen Âge dans l’espace français, XIIe-XVsiècle, Rennes, PUR, 2024)
  • Le bois de la croix du Christ et l’arbre de la connaissance
  • « Au Moyen Âge, on conçoit l’émergence d’une chose à partir d’une autre comme une reproduction, une propagation au sens premier » (Christiane Klapisch-Zuber, L’Ombre des ancêtres. Essai sur l’imaginaire de la parenté, Paris, Fayard, 2000)
  • De la ramure à la racine, la déchéance des origines
  • Le point de vue végétal sur l’ouverture et le recommencement (Emanuele Coccia, La Vie des plantes. Une métaphysique du mélange, Paris, Rivages, 2016)
  • « Et il faisait étendre des tapis pour nous asseoir autour de lui » (Joinville) : retour de l’hétérotopie dans la cité.