Résumé
Le 15 janvier 1975, la statue d’Eugène Guillaume « Saint Louis rendant la justice sous son chêne », installée en 1877 dans la galerie Saint-Louis de la Cour de cassation au palais de justice de Paris, est visée par un attentat à la bombe. Pourquoi les militants du GARI la considéraient-ils alors comme « image historique de la “justice” d’État » ? L’enquête prend d’abord la forme classique d’une archéologie textuelle, depuis L’Histoire de Saint Louis de Joinville jusqu’à l’exaltation, sous le règne de Louis XIV, du motif de l’arbre de justice, susceptible de naturaliser et d’enraciner dans la nation la notion même de justice souveraine. Mais elle suit ensuite la piste végétale. D’abord, pour inscrire ce chêne dans la forêt de Vincennes et dans l’histoire naturelle des lieux de pouvoirs. Ensuite, pour la saisir dans la pensée symbolique Moyen Âge, dont l’arbre des connaissances classe les essences forestières en fonction de leurs rôles politiques. Davantage que le motif biblique de l’arbre de Jessé, c’est cette arborescence logique qui permet de penser l’engendrement et la transmission à partir de l’imaginaire de l’arbre généalogique. Mais s’il y a des arbres souverains, il n’y a pas de roi des arbres, et certains, comme l’orme, peuvent aussi abriter une conception communale non seulement de l’exercice de la justice, mais d’une communauté politique réglée par le contrôle de la parole.