Résumé
Afin de relancer la présente enquête sur les lieux de pouvoir par une prise en compte de la manière dont les hétérotopies espacent le temps, la séance propose un excursus dans l’histoire de la pensée contemporaine : comment, en 1966, Michel Foucault a-t-il pu intégrer ses propositions sur les « espaces autres » dans une réflexion plus générale sur le corps et l’utopie ? Et pourquoi cette réflexion est-elle indissociable d’une inquiétude plus profonde quant aux puissances de percussion de la voix ? Sans doute, doit-on saisir cette double interrogation dans le contexte collectif des grands débats sur la phénoménologie et l’historicité au temps de l’effervescence structuraliste. Et sans doute peut-on également remarquer que la parution de plusieurs inédits de Foucault datant de cette même année 1966 (et notamment Le Discours philosophique) permet de compliquer l’idée que l’on se fait de la chronologie interne de son œuvre. Mais l’hypothèse que l’on défend ici est qu’il convient surtout de prendre en considération la forme radiophonique des propositions foucaldiennes sur le corps utopique et les hétérotopies, afin d’en mieux comprendre la teneur intime et la portée collective. Car ce qui est ultimement en jeu ici est de suggérer comment, sans chercher à la ventriloquer, la voix de Michel Foucault peut ici être entendue, et comment le travail de l’histoire permet d’y reconnaître le rendement conceptuel d’une notion comme celle d’hétérotopie.