Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
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Résumé

Si l’on veut redonner chair à l’histoire des lieux de pouvoirs, et ne pas se contenter d’en cartographier de manière abstraite les relations symboliques, on doit s’attacher à décrire, en situation, les comportements qu’ils architecturent. Ceux des princes d’abord : Cola di Rienzo, à Rome, comme Filippo Maria Visconti, à Milan, adoptent des attitudes, des gestes et des manières d’habiter les lieux qui rendent crédible l’imputation de tyrannie. Ainsi peut-on envisager la façade d’un palais comme le visage autoritaire, ou menaçant, d’un ennemi politique. Cela engage une dynamique de qualification, de déqualification et de requalification des espaces – et c’est en suivant le devenir incertain du terme forum de l’Italie de la Renaissance à la régénération napoléonienne de ses structures de prestige que l’on saisit mieux la manière dont se construit, par la nomination des lieux, la construction sociale de leur efficace architecturale. C’est ainsi que certaines forteresses peuvent être, dès le XVsiècle, prises comme des bastilles. Dans ce cas, comme dans celui de la Bastille à Paris le 14 juillet 1789, c’est leur démantèlement qui les édifie comme lieu de mémoire.

Sommaire

  • Pour donner chair à l’histoire
  • Contre la nécrose monumentale, « des espèces de niche » (Francis Ponge, « Notes pour un coquillage », dans Le Parti-pris des choses, 1942)
  • Le secretum, ou l’art de secréter son lieu de pouvoir
  • L’arco della pace et l’ordre napoléonien d’une Milan décongestionnée par la destruction des « bastions de l’ancienne tyrannie »
  • Le foro Bonaparte de Giovanni Antonio Antolini, espace cérémoniel et utopie jacobine (Romain Buclon, « Du Foro Bonaparte de Milan au Quartier du roi de Rome de Paris. Continuités et divergences d’une utopie républicaine à une vision impériale », Mélanges de l’École française de Rome – Italie et Méditerranée modernes et contemporaines, 125-2, 2013)
  • « Un corps entier et parfait, que l’on ne pouvait pas laisser sans vie » (Giovanni Antonio Antolini, Descrizione del Foro Bonaparte, Milan, 1806)
  • En 1493, du  forum impossible de Milan à celui de Vigevano (Patrick Boucheron, « Hof, Stadt und öffentlicher Raum. Krieg der Zeichen und Streit um die Orte im Mailand des 15. Jahrhunderts », dans Werner Paravicini et Jörg Wettlaufer dir., Der Hof und die Stadt. Konfrontation, Koexistenz und Integration im Verhältnis von Hof und Stadt in Spätmittelalter und Früher Neuzeit, Halle an der Saale, 2004)
  • Castello, Corte, platea : la ténacité topographique des noms de lieux de pouvoir
  • Reconstituer l’emprise du quartiero visconteo : le paradoxe archéologique (Edoardo Rossetti, « In “contrata de Vicecomitibus”. Il problema dei palazzi viscontei nel Trecento tra esercizio del potere e occupazione dello spazio urbano », dans Pier Nicola Pagliaea et Serena Romano, Modernamente antichi. Modelli, identità, tradizione nella Lombardia del Tre et Quattrocento, Rome, Viella, 2014)
  • Les complexes palatiaux des hôtels princiers à Paris (Hélène Noizet, Boris Bove, Laurent Costa (dir.), Paris de parcelles en pixels, Presses universitaires de Vincennes – comité d’histoire de la Ville de Paris, Saint-Denis, Paris, 2013)
  • La décennie 1420 à Milan, ou l’équilibre brisé
  • Filippo Maria Visconti, prince redouté
  • Pier Candido Decembrio et l’écriture de la tyrannie (Gary Ianziti, « The Life of the Last Visconti: A Study in Tyranny? », Renaissance Quaterly, 75-3, 2022)
  • À Ségovie aussi, un roi architecturé par la peur (François Foronda, « Le prince, le palais et la ville : Ségovie ou le visage du tyran dans la Castille du XVsiècle », Revue historique, 627-3, 2003)
  • Cola di Rienzo et les pathologies du pouvoir dans la chronique de l’Anonyme romain
  • La chair est triste : envisager le tyran en regardant la façade de son palais
  • En 1447 à Milan : le démantèlement ritualisé du Castello di Porta Giovia comme destruction d’utilité publique (Patrick Boucheron, Le Pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVsiècles), Rome, 1998, rééd. Points, 2023)
  • D’autres bastilles, à Ancône notamment (Philippe Jansen, « Bastilles médiévales : les communes à l’assaut des forteresses princières », dans Patrick Boucheron et Jacques Chiffoleau (dir.), Religion et société urbaine au Moyen Âge. Études offertes à Jean-Louis Biget par ses anciens élèves, Paris, Publications de la Sorbonne, 2000)
  • Inventer un lieu de mémoire en le détruisant : le citoyen Pierre-François Palloy et la destruction de la Bastille (Héloïse Bocher, Démolir la Bastille. L’édification d’un lieu de mémoire, Paris, Vendémiaire, 2012)
  • Hubert Robert, 15 juillet 1789 : le jour d’après
  • La destruction de la Bastille dans Un peuple et son roi (Pierre Schoeller, 2018) : quand s’ouvrent les perspectives
  • « Tout était creux, puissance et statue » (Louis-Sébastien Mercier, Tableaux de Paris, cité par Bertrand Tillier, « La mort des statues. Imaginaires archaïques et usages politiques de l’iconoclasme », dans Emmanuel Fureix (dir.), Iconoclasme et révolutions, XVIIIe-XXIsiècles, Seyssel, Champ Vallon, 2014).