Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
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Résumé

Quels lieux faut-il occuper pour prendre le pouvoir ? La question semble concerner les techniques du coup d’État susceptibles, de Gabriel Naudé au XVIIsiècle à Curzio Malaparte au XXsiècle, de révéler efficacement le caché de l’État, pour mieux le renverser. Si la réflexion débouche inévitablement sur cette interrogation inquiète sur la violence politique aujourd’hui, elle trouve ici son origine dans une analyse pragmatique et territoriale de situations urbaines de la fin du Moyen Âge : de Payerne à Florence en passant par les campagnes françaises soulevées par la Jacquerie, en suivant les gestes des révoltés, et en les écoutant requalifier en actes et en paroles les lieux du pouvoir, on cherche à saisir en situation la logique des espacements du politique. De la révolte des Ciompi en 1378 à la conjuration des Pazzi en 1478, il ne s’agit pas seulement de se rassembler pour exposer sa propre vulnérabilité et faire ainsi pression sur les pouvoirs en place, mais bien, comme le suggère la philosophie contemporaine de la dislocation architecturale, annuler en un endroit la puissance de leurs récits identificatoires.

Sommaire

  • Au départ, ce n’était qu’un jeu : l’événement comme raté du rituel
  • Sortir dans la rue, occuper les lieux et prendre goût au tumulte : à Payerne en 1420, un carnaval politique qui conquiert la durée (Matthias Wirz, « Muerent les moignes ! ». La révolte de Payerne (1420), Lausanne, 1997)
  • Quand le verger du prieur devient une platea communis
  • Qualifier, déqualifier, requalifier politiquement les lieux : scènes de parole
  • Se rassembler tient lieu d’assemblée : l’espace de la délibération spontanée (Patrick Boucheron, “Dis-assembling the Civic Square”, dans Ann Davidian et Laurent Jeanpierre dir., What Makes an Assembly? Stories, Experiences, Inquiries, Londres, Sternberg Press & Evens Foundation, 2022)
  • Savoir distinguer lieux publics et espaces publics (Patrick Boucheron, « Espace public et lieux publics : approches en histoire urbaine », dans Patrick Boucheron et Nicolas Offenstadt dir. L’Espace public au Moyen Âge. Débats autour de Jürgen Habermas, Paris, PUF, 2011)
  • Emplacements et espacements du politique
  • « Donner place à l’espace c’est annuler en un endroit la puissance de ces récits identificatoires » (Benoît Goetz, La Dislocation. Architecture et philosophie, Lagrasse, 2018)
  • Au verger, un rêve politique : non pas une échappée belle, mais une hétérotopie
  • En suivant les gestes des révoltés : cartographie des lieux de pouvoir
  • Pendant la Jacquerie, l’attaque contre les châteaux et la « commotion des non-nobles contre les nobles » (Gaëtan Bonnot, La Jacquerie (XIVe-XXIsiècles), devenirs des effrois de 1358, Paris, PUF, 2026)
  • Tout ne feust réadmené à aire : la destruction du château de Vez en 1358 (Bernard Ancien, « Le château de Vez pendant la guerre de Cent Ans », Mémoires de la Fédération des sociétés d’histoire et d'archéologie de l'Aisne, 1982)
  • Città turrita et damnatio memoriae dans l’Italie communale : l’exemple de la contrada Uberti à Florence
  • La logique urbanocentrique de la peinture infâmante (Giuliano Milani, « Avidité et trahison du bien commun. Une peinture infamante du XIIIsiècle », Annales. Histoire, sciences sociales, 66-2011)
  • Le renversement de l’ordre symbolique : du déshonneur des bannis à celui de la cité
  • « Le 15 juin 1378, on cria plusieurs fois Viva il Popolo au Palais des Prieurs » (Pagolo di ser Guido cimatore)
  • Instituer le politique en exposant sa propre vulnérabilité
  • La resémantisation visuelle de l’espace civique florentin par le tumulte des Ciompi (Richard Trexler, “Folow the Flag : the Ciompi Revolt seen from the streets”, Bibliothèque d’humanisme et de Renaissance, 1984)
  • Une inversion de l’ordre campanaire : la périphérie donne le la (Alessandro Stella, La Révolte des Ciompi, Paris, MSH, 1993)
  • Machiavel et le discours du leader des Ciompi : porter la parole d’un lieu ou trouver un lieu pour chaque parole ? (Jean-Claude Zancarini, « La révolte des Ciompi : Machiavel, ses sources et ses lecteurs », Cahiers philosophiques, 2004)
  • Sexualisation de la tyrannie : quand le corps souverain est à prendre (Jocelyne Dakhlia, Harems et Sultans. Genre et despotisme au Maroc et ailleurs, XIVe-XXsiècle, Toulouse, Anacharsis, 2024)
  • Molitia et apoderamiento en Castille au XVsiècle : la ritualisation de l’atteinte au roi (François Foronda, El espanto y el miedo. Golpismo, emociones políticas y constitucionalismo en la Edad Media, Madrid, Dykinson, 2013)
  • Parce que l’État n’est pas « un homme mortel », les deux temps de la conjuration des Pazzi en 1478 (Lauro Martines, Le Sang d’Avril : Florence et le complot contre les Médicis, Paris, Albin Michel, 2011)
  • Éclat et éblouissement du coup d’État : « on voit plus tôt tomber le tonnerre qu’on ne l’a entendu gronder dans les nuées » (Gabriel Naudé, Considérations politiques sur les coups d’État, rééd. Paris, Éditions de Paris, 1988)
  • « L’infiltration d’un rouage, petit mais essentiel, de la machine administrative de l’État » (Edward Luttwark, Coup d’État, mode d’emploi [1969], Paris, rééd., Odile Jacob, 1996)
  • Aujourd’hui, nommer les choses les choses de l’État (Patrick Boucheron, « Théories et pratiques du coup d’État dans l’Italie princière du Quattrocento », dans François Foronda, Jean-Philippe Genet, José Maria Nieto Soria dir., Coups d’État à la fin du Moyen Âge ? Aux fondements du pouvoir politique en Europe occidentale, Madrid, Collection de la Casa de Velàzquez, 2005).