Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
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Résumé

Cette séance d’introduction générale à la sémantique politique des lieux de pouvoir au Moyen Âge prend la forme d’une interrogation sur la « mise en beauté » du pouvoir de Jean de Berry dans la première décennie du XVsiècle à travers la représentation de ses châteaux dans les Très Riches Heures du duc de Berry, et en particulier de celui de Mehun-sur-Yèvre, qui figure dans la représentation de la « Tentation du Christ ». Attentive à la fois à la nature dévotionnelle de la contemplation des Heures (puisqu’ici, le principal lieu de pouvoir est le livre lui-même), mais aussi aux détails de l’œuvre peinte qui, donnant à voir la possibilité d’un point de bascule dans l’excès de richesse et la démesure d’une aspiration à la beauté, on soutient une interprétation plus dramatique de l’œuvre, liée à la mélancolie du pouvoir et à l’expérience du vieillissement. Entre locus et iter, enracinement de la domination seigneuriale et hétérotopie des puissances imaginantes, c’est aussi l’occasion de définir les différents concepts de spatialité que l’on fera jouer durant l’ensemble du cours, le spatial turn propre à l’histoire médiévale étant ici mis à l’épreuve par une réflexion plus générale sur le rapport entre lieu et événement.

Sommaire

  • Un souvenir de conte de fées ? Ce qui nous attire là
  • Jean de Berry et la « mise en beauté du pouvoir » (Françoise Autrand, Jean de Berry, Paris, 2000)
  • Les assises du pouvoir : une politique de construction, « avec tant de soin et de dépense » (Chronique du religieux de Saint-Denis)
  • Les Très Riches Heures, lieux de pouvoir (Mathieu Deldicque dir., Les Très Riches Heures du duc de Berry, catalogue de l’exposition organisée par le château de Chantilly du 7 juin au 5 octobre 2025, Château de Chantilly, 2025)
  • Le château de Mehun-sur-Yèvre, « l’une des plus belles maisons du monde » (Froissart)
  • Magnificence, fantaisie et inventaire du monde
  • Chercher le point de bascule : le lion attend la chute de l’ours
  • La nature ursine d’un pouvoir instable (Michel Pastoureau, L’Ours. Histoire d’un roi déchu, Paris, 2007)
  • Devise, gisant, totem : Jean de Berry, prince des ours
  • Une lecture mélancolique et inquiète du calendrier des Très Riches Heures (Inès Villela-Petit, « The Works and Days of John, Duke of Berry in his “Très Riches Heures” », Maelwael Van Lymborch Studies, 2025)
  • En janvier, une fête princière menacée par la guerre qui rôde
  • En décembre, l’hallali du vieux sanglier et la mort qui vient
  • En mars, ce « brouillard de mer » qui plane au-dessus des tours du château
  • Faire lieu et répondre à l’appel de l’ailleurs (Emmanuel Le Roy Ladurie et Jacques Le Goff, « Mélusine maternelle et défricheuse », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1971)
  • La topolignée, ou comment nouer un nom, un lieu et une durée (Anita Guerreau-Jalabert, « La parenté dans l’Europe médiévale et moderne : à propos d’une synthèse récente », L’Homme, 1989)
  • Lorsque nous n’y serons plus : feuilleter le calendrier des Très Riches Heures comme l’on parcourt une cérémonie des adieux
  • « Toute architecture dérobe radicalement, en s’élevant, un lieu perdu » (Pascal Quignard, Les Heures heureuses, 2023)
  • Retour à l’usage dévotionnel du manuscrit : Invocabit me et ego exaudiam eum
  • La tentation du Christ (Luc, 4, 1-13)
  • Le temps venra : lieu dit et moment donné
  • Paysages de l’abondance : le lieu haut, le haut lieu et l’embarras de richesse
  • La magnificence et l’inquiétude de la pure dépense (Paul Veyne, Le Pain et le Cirque. Sociologie historique d’un pluralisme politique, 1976)
  • Enracinement, dislocation, duplication : la « mnémotopie » de Maurice Halbwachs dans La Topographie légendaire des Évangiles en Terre sainte (Dominique Iogna-Prat, « Maurice Halbwachs ou la mnémotopie. “Textes topographiques” et inscription spatiale de la mémoire », Annales. Histoire, sciences sociales, 2011)
  • Trois tentations en une, et un montage entre portraits ressemblants de portions d’espaces et « concepts de lieux » (Philippe Descola, Les Formes du visible, 2021)
  • Nouvelle pensée de la spatialité et ancienne géographie vidalienne (Christian Jacob, « Spatial turn », dans Qu’est-ce qu’un lieu de savoir ?, OpenEdition Press, 2014)
  • En histoire médiévale : l’espace avant le territoire (Florian Mazel et Magalie Watteaux, « Espace », dans Nouvelle Histoire du Moyen Âge, nouvelle édition, 2025)
  • La réduction ad unicum de l’espace et l’unité de la storia albertienne (Hubert Damisch, L’Origine de la perspective, Paris, 1987, nouvelle édition, 2012)
  • Le lieu, le corps et la « boîte locale » chez Giotto (Jean-Philippe Antoine, « Mémoire, lieux et invention spatiale dans la peinture italienne des XIIIe et XIVsiècles », Annales ESC, 48-6, 1993)
  • Le lieu par excellence, le corps par excellence, l’événement par excellence : autour d’une nativité de Lorenzo Monaco (Giulia Puma, Les Nativités italiennes (1250-1450). Une histoire d’adoration, Rome, 2019)
  • Locus et iter : le pouvoir de transformation des lieux (Didier Méhu, « Locus, transitus, peregrinatio. Remarques sur la spatialité des rapports sociaux dans l’Occident médiéval (XIe-XIIIsiècle) », dans Construction de l’espace au Moyen Âge : pratiques et représentations. Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public (Mulhouse, 2006), Paris, 2007)
  • Le lieu comme surface d’événements (Georges Perec, Lieux, Paris, 2022)
  • Saint-Matthieu et l’Ange (Caravage, 1602), toujours au bord de basculer.