Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
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Résumé

Partant en quête d’une archéologie de la croyance dostoïevskienne en la puissance salvatrice de l’émotion esthétique, on se propose de s’arrêter sur un « texte instaurateur » de la mystique politique de l’embellissement des lieux de pouvoirs au XVsiècle : le De re aedificatoria de Leon Battista Alberti (1452), qui affirme en son livre VI : « La beauté obtiendra, même de la part d’ennemis acharnés, qu’ils modèrent leurs courroux et consentent à la laisser inviolée ». L’architecture aurait donc le pouvoir de rendre les choses inviolables. Pour saisir la portée de cette espérance, il convient de rappeler les pouvoirs de l’ornamentum au Moyen Âge, mais aussi sa redéfinition au Quattrocento, dès lors que les arts visuels se réorientent en visant désormais la rhétorique de la persuasion. C’est dans cette perspective qu’on propose un portrait intellectuel de l’ambition humaniste d’Alberti, lisant en même temps l’autoportrait de l’artiste en acrobate dans la Vita Leonis Baptistae Albertis et ses « Entretiens sur la tranquillité de l’âme », le De aedificatoria et les tribulations de la laideur que met en scène la fable politique du Momus. Il en ressort une conception plus inquiète de la visée politique de l’art d’édifier des humanistes, qui n’a pas attendu Machiavel pour travailler à son propre déniaisement.

Sommaire

  • « Est-il vrai, prince, que vous avez dit un jour que la “beauté” sauverait le monde ? » : le prince Mychkine, Dostoïevski et la puissance salvatrice de l’émotion esthétique (Tzvetan Todorov, « “La beauté sauvera le monde” », Études théologiques et religieuses, 2007)
  • Histoire d’un désenchantement : « Ennobli, exalté, oui. Mais qui a été sauvé ? » (Alexandre Soljenitsyne, Le Cri, 1972)
  • Trop laid pour durer ? Retour sur le piège de la dorure
  • La vitesse, l’architecture l’accident trumpiste (Paul Virilio, La fin du monde est un concept sans avenir, œuvres (1957-2010), Paris, Seuil, 2023)
  • L’éloge de la force et la fin de la rhétorique (Louis Marin, Le récit est un piège, Paris, Minuit, 1975)
  • La beauté enveloppante des « atmosphères de survie » (Peter Sloterdijk)
  • « La beauté obtiendra, même de la part d’ennemis acharnés, qu’ils modèrent leurs courroux et consentent à la laisser inviolée » (Leon Battista Alberti, De re aedificatoria, VI, 2)
  • Naissance d’une croyance politique (Patrick Boucheron, « Quelle beauté sauvera le monde ? Sur une fausse naïveté de Leon Battista Alberti », dans Sean L. Field, Marco Guida, Dominique Poirel dir., L’Épaisseur du temps. Mélanges offerts à Jacques Dalarun, Turnhout, Brepols, 2023)
  • Le traité d’Alberti comme texte instaurateur de la pratique architecturale (Françoise Choay, La Règle et le Modèle. Sur la théorie de l’architecture et de l’urbanisme, Paris, Seuil, 1980)
  • Le moment 1440-1520  fragilités politiques et ambitions culturelles (Richard Goldthwaite, Wealth and the Demand fort Art in Italy, 1300-1600, Baltimore, 1995)
  • Alberti, exilé dans une famille d’exilés, et les Intercenales
  • De l’art du placement : « Il prend toujours la couleur se trouvant dans la chose à propos de laquelle il écrit» (Cristoforo Landino)
  • Vita Leonis Baptistae Albertis: (auto)portrait de l’artiste en acrobate
  • « Oser l’ornement » (Jean Nouvel, Mes convictions, Paris, Flammarion, 2025) : l’ornemental et l’ornamentum
  • « Quand me tourmentent et me tiennent éveillé les troubles de mon esprit » : les Profugiorum ab ærumna et la mélancolie d’Alberti
  • L’architecture cosa mentale : les palais de la mémoire (Mary Carruthers, Machina memorialis. Méditation, rhétorique et fabrication des images au Moyen Âge, Paris, Gallimard, 2002)
  • La finestra d’Alberti et les miracles de la peinture
  • Ce que bâtir veut dire : lexique architectural et régimes politiques dans le De re aedifactoria (Patrick Boucheron, « Von Alberti zu Macchiavelli : die architektonischen Formen politischer Persuasion im Italien des Quattrocento »,Trivium, 2, 2008)
  • Contre le « désir déréglé d’édifier » : les maisons qui débordent dans la Vita d’Alberti
  • La grammaire des connotations architecturales et la déontologie de l’architecte
  • Questi Signori di Romagna sono como signori dipinti (Marco Folin, « Sigismondo Pandolfo Malatesta, Pio II e il Tempio Malatestiano : la chiesa di San Francesco come manifesto politico », dans Antonio Paolucci et Salvatore Settis dir., Il Tempio Malatestiano a Rimini, Modène, 2011)
  • « Les pauvres, ils ne se rendaient pas compte qu’ils se préparaient à être la proie de quiconque les attaquerait » : le déniaisement machiavélien
  • Alberti critique d’Alberti : le Momus comme « défondation » du De re aedificatoria (Pierre Caye, « Sub tecta ingressi… Du pouvoir et de la dignité de l'homme chez Léon-Baptiste Alberti : du Momus au De re aedificatoria », dans La Dignité de l’homme, Paris, Classiques Garnier, 1995)
  • « Mais maintenant que faire ? » : après les tribulations de la laideur, retour au décor.