Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
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Résumé

Soient deux représentations graphiques de la ville de Milan et de ses lieux de pouvoir. La première, que l’on connaît sous la désignation fautive de « carte de Galvano Fiamma », a probablement été dessinée par Pietro Ghioldi dans la dernière décennie du XIVsiècle ; la seconde, due à Pietro del Massajo, donne à voir la place de la capitale lombarde dans La Géographie de Ptolémée dans les années 1470. Elle lisse les temporalités de la ville lorsque le schéma qui accompagne le récit de Fiamma en donne au contraire à voir les rémanences, les re-sémantisations et les réaffectations. C’est dans l’écart entre l’une et l’autre de ses représentations des passés de la ville que l’analyse prend place, afin de définir les règles formelles d’une configuration monumentale des lieux de pouvoir, jouant de trois variables : le temps, l’espace et l’usage social. Comment relancer un avenir politique en investissant les lieux de pouvoir des régimes anciens ? Dans le cas de l’Italie de la fin du Moyen Âge qui concentre ici l’attention, la question recoupe celle de l’insignorimento des lieux du pouvoir communal et de la mémoire civique, qui peuvent se dépolitisent à mesure qu’ils s’architecturent en s’embellissant.

Sommaire

  • Un dessin d’architecture sous l’œil d’un jeune homme : retour sur une feuille détachée de Léonard de Vinci
  • Entre norma et speculum, la maquette d’architecture et la scène de dédicace
  • L’affaire du Tiburio du Dôme de Milan en 1490 : la politisation des concours d’architecture
  • Giorgio Vasari et le double événement architectural de la décision et de la mise en œuvre
  • À quoi pense le jeune homme dessiné par Léonard dans (Windsor 12552) ? La pensosità d’Italo Calvino et la névrose monumentale d’Henry James
  • La « phrase urbaine » (Jean-Christophe Bailly, 2013), ou l’art de réaffecter les traces de ce passé urbain au présent d’une nouvelle sémantique politique
  • En ville, par l’urbanisme mais aussi par l’usage social, la mise en contemporanéité des temporalités disjointes (Bernard Lepetit et Denise Pumain dir., Temporalités urbaines, Paris, Anthropos, 1993)
  • Lorsque le temps fait subir aux œuvres architecturales « des pertes, des récupérations, des substitutions de divers genres » (Umberto Eco, L’Œuvre ouverte, Paris, Seuil, 1962)
  • Et pourtant, l’insistance topographique des lieux
  • À Milan, l’insignorimento des lieux de pouvoir au temps d’Azzone Visconti (Louis Green, « Galvano Fiamma, Azzone Visconti and the revival of the classical theory of magnificence », Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, 53, 1990)
  • Galvano Fiamma, chroniqueur et théoricien du pouvoir (Paolo Tomea, « Per Galvano Fiamma », Italia medioevale e umanistica, 39, 1996)
  • Au détour d’une chronique universelle, Marckalada, l’autre nom de l’Amérique (Paolo Chiesa, Marckalada: Quando l’America aveva un altro nome, Rome-Bari, Laterza, 2023)
  • Ceci n’est pas un plan de Milan (Patrick Boucheron, « La carta di Milano di Galvano Fiamma/Pietro Ghioldi (fine XIV secolo) », dans Marco Folin dir., Rappresentare la città. Topografie urbane nell’Italia di antico regime, Reggio Emilia, Diabasis, 2010)
  • De Bonvesin della Riva à Galvano Fiamma, un éloge civique par la mesure
  • Traces, ruines, mémoire : les deux enceintes milanaises
  • Inventer un avenir politique dans les ruines de Rome (Patrick Boucheron, « Dis-assembling the Civic Square », dans Ann Davidian et Laurent Jeanpierre dir., What Makes an Assembly? Stories, Experiences, Inquiries, Londres, Sternberg Press & Evens Foundation, 2022)
  • Le theatrum civitatis, lieu d’instauration du pouvoir consulaire au XIIsiècle d’après Landulf le Jeune (Chris Wickham, Somnambules d’un nouveau monde. L’émergence des communes italiennes au XIIsiècle, Bruxelles, Zones sensibles, 2021)
  • Broletto et Palatium : qualifications, requalifications
  • Dans la cité pré-communale, l’évêque en son palais (Maureen Miller, The Bishop’s Palace. Architecture & Authority in Medieval Italy, New York, Cornell UP, 2000)
  • Quand l’espace civique se dépolitise en s’embellissant (Patrick Boucheron, « Politisation et dépolitisation d’un lieu commun. Remarques sur la notion de “bien commun” dans les villes d’Italie centro-septentrionale entre commune et seigneurie », dans Élodie Lecuppre-Desjardin et Anne-Laure Van Bruane dir., “De Bono Communi”. Discours et pratique du Bien Commun dans les villes d’Europe occidentale (XIIIe-XVIe s.), Turnhout, Brepols, 2010)
  • De la cité au territoire, un changement d’échelle dans l’ambition édilitaire
  • Milan, 1470 : avec le plan de Pietro del Massaio, une nouvelle partie se joue (Patrick Boucheron, « Le passé, mais pas exactement. Mémoire urbaine et miroir princier à Milan au XVsiècle », dans Philippe Morel dir., Le Miroir et l’espace du prince dans l’art italien de la Renaissance, Rennes-Tours, PUR/PUFR, 2012).