Résumé
Soient deux représentations graphiques de la ville de Milan et de ses lieux de pouvoir. La première, que l’on connaît sous la désignation fautive de « carte de Galvano Fiamma », a probablement été dessinée par Pietro Ghioldi dans la dernière décennie du XIVe siècle ; la seconde, due à Pietro del Massajo, donne à voir la place de la capitale lombarde dans La Géographie de Ptolémée dans les années 1470. Elle lisse les temporalités de la ville lorsque le schéma qui accompagne le récit de Fiamma en donne au contraire à voir les rémanences, les re-sémantisations et les réaffectations. C’est dans l’écart entre l’une et l’autre de ses représentations des passés de la ville que l’analyse prend place, afin de définir les règles formelles d’une configuration monumentale des lieux de pouvoir, jouant de trois variables : le temps, l’espace et l’usage social. Comment relancer un avenir politique en investissant les lieux de pouvoir des régimes anciens ? Dans le cas de l’Italie de la fin du Moyen Âge qui concentre ici l’attention, la question recoupe celle de l’insignorimento des lieux du pouvoir communal et de la mémoire civique, qui peuvent se dépolitisent à mesure qu’ils s’architecturent en s’embellissant.