15:30 à 16:10
Colloque

Les affres d'un prédateur empathique

Session 4 : Tuer ou ne pas tuer ?

Charles Stépanoff
15:30 à 16:10
Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
En libre accès, dans la limite des places disponibles
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Session 4 : Tuer ou ne pas tuer ?
Modération : Antoine Lilti (Collège de France)

Résumé

Puisant ses proies parmi 15 000 espèces de vertébrés, l’humain est aujourd’hui le principal prédateur de la planète, loin devant lion, loup ou requin. La biomasse des mammifères non humains est aujourd’hui constituée à 94 % d’animaux domestiques, c’est-à-dire de proies d’élevage. Ce méga-prédateur est pourtant singulièrement démuni sur le plan physiologique : pas de grosses canines et griffes, ni de puissant odorat. L’humain a développé en revanche une empathie trans-espèces permettant de déployer ruses, imitations et manipulations de l’environnement des proies jusqu’à leur domestication. La capacité à se mettre à la place des autres animaux permet aux humains de les tromper, mais elle implique aussi des formes d’attachement uniques dans le monde vivant, telles que l’allaitement d’oursons, chiots ou pécaris apprivoisés ou l’identification rituelles aux animaux. Prédateur empathique, l’humain se nourrit paradoxalement d’êtres qu’il regarde comme des alter ego. Cette déchirure affective et morale a suscité dans les sociétés humaines des réponses très diverses selon le type d’organisation sociale : tabous alimentaires, rituels de remerciements ou d’excuses ou encore délégation et camouflage de la violence dans des abattoirs. Héroïsée, stigmatisée ou industrialisée, la violence envers les animaux s’avère une puissante source de hiérarchisation et de transformation historique des sociétés.

Charles Stépanoff

Charles Stépanoff

Charles Stépanoff est anthropologue, directeur d’études à l’EHESS, spécialiste des populations autochtones de Sibérie. Il a étudié les rapports des communautés sibériennes aux animaux dans les pratiques rituelles chamaniques, l’élevage pastoral, la chasse et l’apprivoisement. Après des travaux sur la chasse en France et l’histoire de la domestication, il dirige actuellement un programme de recherche sur les coévolutions entre pratiques des communautés humaines, comportement de la faune et paysages à partir d’enquêtes de terrain. Il a publié : Voyager dans l’invisible. Techniques chamaniques de l’imagination (La Découverte 2019), L’animal et la mort. Chasses modernité et crise du sauvage (La Découverte 2021), Attachements. Enquête sur nos liens au-delà de l’humain (La Découverte 2024) et codirigé avec l’archéozoologue Jean-Denis Vigne Hybrid communities. Biosocial Approaches to Domestication and Other Trans-species Relationships (Routledge 2018). 


 

Intervenant(s)

Charles Stépanoff

Directeur d'études EHESS

Événements

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