Résumé
Les sophistes étaient-ils, comme le pensait Condorcet, les ancêtres des charlatans modernes, d’habiles rhéteurs ennemis de la vérité ? Ou Socrate, lui-même, comme l’affirmait Voltaire, était-il un peu charlatan ? Pour mieux comprendre l’importance du précédent grec, cette séance se propose d’explorer les frontières du savoir en suivant le personnage de l’alazōn, type du théâtre comique, fanfaron et parasite chez Aristophane, mais aussi mauvais médecin dénoncé dans le corpus hippocratique, et, plus tard, vers la fin du IVe siècle, figure incertaine entre la vantardise et la tromperie, symptôme d’un abus des mots et d’une commercialisation accrue des relations sociales. On voit ainsi se nouer, autour de l’alazōn et des définitions de l’alazōneia, les caractéristiques principales du charlatan, au croisement de l’imposture savante et de la tromperie intéressée.
Les philosophes des Lumières ont hérité de la philosophie et de la science grecque une façon de disqualifier l’adversaire en l’accusant non pas de se tromper, mais de tromper les autres. Cette figure polémique assure une fonction sociopolitique, qui consiste à disqualifier les concurrents, et une fonction épistémologique, qui permet d’affirmer un régime de bonnes pratiques. Mais, comme le charlatan, l’alazōn est aussi une accusation réversible. Celui qui dénonce les charlatans doit, à son tour, se défendre d’en être un, car l’autorité intellectuelle est toujours soumise à l’épreuve du public.