Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
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Résumé

Nous revenons d’abord sur le cas de Tabarin, avec lequel nous avons terminé la séance précédente. L’image de Tabarin en comédien, voire même en philosophe, aussi séduisante soit-elle, a une histoire. Elle s’est construite dans la deuxième moitié du XIXsiècle, lorsqu’écrivains et historiens amateurs, animés par la nostalgie du « vieux Paris », firent des charlatans du Pont-Neuf des figures d’artistes populaires, précurseurs du théâtre des boulevards et de la littérature facétieuse.

Retour à l’époque moderne : il s’agit alors de replacer Tabarin et les autres charlatans dans une autre généalogie : celle des triacleurs et vendeurs ambulants de thériaque, des opérateurs du XVIIsiècle, puis des marchands d’orviétan comme Christophe Contugi, surnommé l’Orviétan, qui était à la tête d’une véritable entreprise familiale et bénéficiait de privilèges royaux pour vendre son produit. 

Cette économie des remèdes s’inscrit dans un « régime pharmacologique » (Emma Spary) transformé par l’afflux de drogues exotiques, comme l’opium, dont l’usage thérapeutique et l’expérimentation – par exemple chez Moyse Charas – brouillent la frontière entre la recherche savante et la théâtralité des opérateurs. Parallèlement, l’historiographie récente a nuancé le modèle d’un marché médical libre sous l’Ancien Régime, en insistant sur la densité des régulations, des licences, des privilèges, ainsi que l’importance de la charité, des réseaux locaux et des institutions religieuses. L’attention portée à la médecine empirique et aux vendeurs de drogues révèle le flou qui entoure ces activités, la porosité des frontières, la diversité des acteurs et la concurrence des institutions.

Bibliographie

  • Victor Guillemet, Le Charlatan à travers les âges, Nantes, Mellinet, 1891.
  • Daniel Martin, Parlement nouveau, Strasbourg, Zetzner, 1637.
  • Molière, L’Amour médecin, in Œuvres complètes, t.1, George Forestier (éd.), Paris, Gallimard, 2010 [1665]. 

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  • Ariane Bayle, « Thériaque et triacleurs chez Pierre-André Mathiole», in Sarah Voinier et Guillaume Winter (dir.), Poison et antidote dans l’Europe des XVIe et XVIIsiècles, Artois Presses Université, Arras, 2011, p. 34-48.
  • Véronique Boudon-Millot et Françoise Micheau (dir.), La Thériaque, Histoire d’un remède millénaire, Les Belles Lettres, Paris, 2020.
  • Patrizia Catellani et Renzo Console, L’Orvietano, Edizioni ETS, Pise, 2004.
  • Agnès Curel, « Vers une histoire théâtrale du charlatanisme », in Beya Dhraïef, Éric Négrel, Jennifer Ruimi (dir.), Théâtre et charlatans dans l’Europe moderne, Presses Sorbonne Nouvelle, Paris, 2018, p. 85-94.
  • David Gentilcore, Medical Charlatanism in Early Modern Italy, Oxford University Press, Oxford, 2006.
  • Mark Jenner et Patrick Wallis (éd.), « The Medical Marketplace », in Medicine and The Market in England and Its Colonies, c.1450-c.1850, Basingstoke, Palgrave Macmillan, Londres, 2007, p. 1-24.
  • Colin Jones et Laurence Brockliss, The Medical World of Early Modern France, Clarendon Press, Oxford, 1997.
  • Jelle Koopmans, « Théâtre et charlatans du Moyen Âge au XVIsiècle », in Beya Dhraïef, Éric Négrel, Jennifer Ruimi (dir.), Théâtre et charlatans dans l’Europe moderne, Presses Sorbonne Nouvelle, Paris, 2018, p. 26-35.
  • Roy Porter, Health for Sale: Quackery in England,1660-1850, Manchester University Press, Manchester, 1989.
  • Justin Rivest, « Beyond the pharmacopoeia? Secret Remedies, Exclusive Privileges, and Trademarks in Early Modern France », in Matthew James Crawford, Joseph M. Gabriel (dir.), Drugs on the Page: Pharmacopoeias and Healing Knowledge in the Early Modern Atlantic World, University of Pittsburgh Press, Pittsburgh, 2019, p. 81-100.
  • Emma Spary, « Opium, experimentation, and alterity in France », The Historical Journal, 65(1), 2022, p. 49-67.