Résumé
La critique des mauvais médecins au nom de la raison et du savoir, qui apparaissait dans le corpus hippocratique et dans l’œuvre de Galien, se prolonge au Moyen Âge et à la Renaissance. L’autorité de la médecine grecque est transmise par les savants perses et arabes puis organise l’enseignement médical dans l’Europe chrétienne à partir du XIIIe siècle. La création des facultés de médecine, l’organisation des corporations de chirurgiens, de barbiers et d’apothicaires renforcent la volonté des autorités et des savants de lutter contre les médecins empiriques et les pratiques traditionnelles. Mais ceux-ci leur opposent la validité de l’expérience pratique et la confiance des patients.
Dans le dernier tiers du XVIe siècle, l’arrivée des troupes de charlatans italiens en France entraîne un regard nouveau, où la dimension spectaculaire et théâtrale domine. Nous commentons la Satyre contre les charlatans et les pseudomédecins empyriques de Thomas Sonnet de Courval et les Discours de l’origine des mœurs, fraudes et impostures des ciarlatans (1622), traduit de l’italien Scipione Mercurio, Degli errori popolorai d’Italia (1603).
Ces textes répondaient au succès de Tabarin, charlatan de la place Dauphine, qui jouait alors des farces facétieuses et burlesques tout en vendant remèdes et pommades. L’interprétation de ce spectacle reste ambiguë. Avait-il pour but d’attirer les badauds pour leur vendre des produits ? La vente de remèdes était-elle un accessoire associé au personnage du charlatan ? Ou encore, une façon de rémunérer les acteurs, sans que personne ne soit vraiment dupe ? Le charlatan est-il un imposteur, qui cherche à tromper le public, ou est-il celui qui révèle, dans un grand éclat de rire, que les savants ne doivent surtout pas être pris au sérieux ? On propose de nommer « théorème de Tabarin » cette formule, inscrite sur une gravure du temps le représentant sur scène : « Tel se pense plus que lui sage qui est plus charlatan ».