Résumé
La séance précédente avait posé l’hypothèse que la figure du charlatan, dans la pensée et la culture des Lumières, servait à penser les mutations de l’espace public et de l’autorité savante. Aujourd’hui, nous poursuivons par une étude de dictionnaires et d’encyclopédies du XVIIIe siècle afin de mieux comprendre les débats suscités par les termes de « charlatan » et de « charlatanerie ».
Le dictionnaire de l’Académie, dès sa première édition de 1694, définit le charlatan comme un vendeur ambulant de remèdes et un saltimbanque, puis un médecin hâbleur qui promet de tout guérir, mais aussi, au sens figuré, comme un flatteur capable de séduire par de belles paroles. Dans l’Encyclopédie, Jaucourt et Diderot accentuent cet élargissement. La signification médicale n’est qu’une « acception particulière » car « tout état a ses charlatans ». La charlatanerie devient alors un vice intellectuel, comme le pédantisme, défini par la volonté de séduire et de tromper le public en faisant valoir des compétences illusoires.
Voltaire va plus loin. Dans les Questions sur l’Encyclopédie, il décrit la vie intellectuelle comme une compétition permanente et un théâtre où chacun fait valoir sa « marchandise ». Loin d’opposer philosophes et charlatans, il dénonce avec ironie la part de charlatanerie inhérente à la vie publique, au désir de célébrité et aux dynamiques commerciales de l’espace public. Chamfort le rejoint, notant dans ses Maximes : « Quand on veut éviter d’être charlatan, il faut fuir les tréteaux ; car si l’on y monte, on est bien forcé d’être charlatan, sans quoi l’assemblée vous jette des pierres ».
Enfin, on termine cette revue par l’article « charlatan » de l’Encyclopédie méthodique (1789) qui, tout en moquant les ridicules du « charlatanisme du bel esprit », celui des savants et académiciens, concentre ses attaques sur les charlatans politiques, bien plus dangereux, qui réalisent l’alliance de l’irrationnel et du despotisme. Le discours des Lumières réformatrices et modérées en appelle à l’action de l’État pour protéger un public jugé crédule.