Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
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Arguments récurrents dans le domaine des migrations : pente glissante, effet pervers, appel à la peur, « loi de Godwin », analogies, dissociation versus amalgame.

Les arguments ad personam et ad hominem, la fabrication d’un adversaire imaginaire (« homme de paille »), la dégradation du débat public ; catégories ou injures ? (cf. Bourdieu sur les « catégorèmes »). Quand les injures tiennent lieu d’arguments (« immigrationnistes », « identitaristes », « communautaristes »…). Le « jugement de folie » (Angenot), le jugement de haute trahison (vis-à-vis de la République, de la France, de l’identité nationale).

Une référence majeure : Marc Angenot, Dialogues de sourds. Traité de rhétorique antilogique, Paris, Mille et une nuits, 2008. Les fonctions positives de la polémique selon Ruth Amossy (Apologie de la polémique, Paris, PUF, 2014). Voir la somme de Ruth Amossy régulièrement mise à jour : L’Argumentation dans le discours, 4e édition, Armand Colin, 2021. La somme de Christian Plantin : Dictionnaire de l’argumentation. Une introduction aux études d’argumentation, Lyon, ENS Éditions, 2016.

Un classique : Albert O. Hirschman, The Rhetoric of Reaction: Perversity, Futility, Jeopardy, Harvard UP, 1991 ; trad. fr. : Deux siècles de rhétorique réactionnaire, Paris, Fayard, 1991. Application des trois arguments à la question migratoire.

L’argument de la pente glissante (slippery slope) : son application récurrente à l’immigration. Nombreuses traductions métaphoriques, en phase avec la dénonciation d’une stratégie d’invasion progressive. Sa force : un argument de la peur, ni vérifiable ni réfutable. Voir le traité de D. Walton, 1992.

Les états actuels du « grand récit » migratoire. « Pas un complot », mais « pire qu’un complot ». L’argument du « réel » et du « bon sens » pratiqué par les « vraies gens », opposé à la statistique « officielle ». Analyse critique du « bon sens ». Le « jugement de folie » (Angenot), consistant à taxer ses adversaires de fous, insensés, délirants, absurdes, etc. Multiples exemples d’application dans la controverse politique. Le jugement de haute trahison envers la patrie, le thème de la « haine de soi ». Analyse détaillée de l’outrage au drapeau.

Un texte majeur : Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, Traité de l’argumentation. La nouvelle rhétorique, 6e éd., Bruxelles, Université de Bruxelles, 2008 (1re éd. : Paris, PUF, 1958). Une opposition majeure : les arguments de dissociation (« ça n’a rien à voir ») et les arguments de compression (amalgame). Application au lien entre islam et radicalisation djihadiste. La rhétorique au second degré : la dénonciation de l’argument de l’amalgame. La reductio ad Hitlerum, ou comment identifier l’adversaire au Mal absolu. Variante sur Internet : « le point Godwin ». Plusieurs exemples récents. La reductio ad Stalinem maniée par les essayistes (les adversaires sont des Lyssenko, intentent un procès de Moscou, agissent en commissaires politiques, etc.). Éric Zemmour contre « les Lyssenko de l’Ined ». Alain Finkielkraut sur le caractère non démocratique du « changement démographique ».

Un défi majeur pour l’analyse automatique du discours : les logiciels permettent d’analyser le lexique, mais pas la nature des arguments (« pente glissante », par exemple). Voir les analyses textuelles de Cécile Alduy ou celles de Damon Mayaffre.

Technique de la contre-argumentation : faire l’adversaire plus bête qu’il n’est, invoquer la légitime défense pour justifier la violence de l’attaque.

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