Résumé
Le pignus, le gage, est un terme juridique doté d’une forte aura figurale. En tant que garantie, le gage habite l’attente entre le présent et ce qui doit encore advenir. Les poètes, d'Ovide à Racine et jusqu'à nos jours, en ont fait l’emblème de la preuve d’amour. Les juristes romains, quant à eux, rapprochent pignus de pugnus (« poing »). Il s'agit d'une étymologie seulement apparente, fondée sur une affinité phonétique – une paronomase – mais riche en conséquences (Gaius, Digeste 50, 16, 238, 2).
Cependant, pignus ne déploie pas son potentiel figuratif uniquement en tant qu’unité lexicale isolée. L’analyse d’un texte du juriste Cervidius Scaevola, à la fin du IIe siècle, le montre clairement (Digeste 44, 3, 14, 5). Ce texte restitue un débat public, véritable mise en scène d’un raisonnement, où le juriste élabore et résout un problème devant un auditoire.
Le cas concerne la vente de la chose gagée à la suite de l’inexécution du débiteur, et le rôle qu’y joue la volonté. La plupart des termes techniques mobilisés – distrahere, contrahere, convenire, accedere, concedere – sont d’origine métaphorique. Pris isolément, ils peuvent sembler dispersés ; mais à mesure que le texte se déploie, ils se révèlent organisés selon des lignes de force qui en constituent l’armature même et orientent le raisonnement vers la solution du problème.