Résumé
Ce cours propose une exploration des métaphores spatiales dans le langage des juristes romains. L’analyse montrera que la réification des concepts juridiques ne passe pas seulement par des termes explicitement corporels, tels que manus ou capitis deminutio, mais aussi par un réseau plus discret de métaphores inscrites dans le raisonnement juridique. À travers notamment les verbes du mouvement, les images de la proximité, de l’éloignement ou de l’attraction, le droit apparaît comme un monde peuplé d’objets quasi matériels, soumis à des dynamiques physiques.
Dans cette perspective, il est particulièrement intéressant d’examiner le rôle joué par le phénomène géologique de l’alluvion, ce lent dépôt de fragments de terre que l’eau transporte et ajoute peu à peu à un autre terrain. Les juristes romains s’y intéressent parce que ce phénomène déplace et brouille les frontières, mettant en cause l’un des principes fondamentaux du droit : la division du monde par des lignes nettes.
Mais l’alluvion ne constitue pas seulement un problème juridique concret. Elle devient aussi une véritable métaphore conceptuelle. Les juristes y puisent une manière de penser certains phénomènes du droit, comme l’adjonction d’un droit à un autre, son extension, ou au contraire son détachement, qui semblent alors se déplacer, s’attacher, se séparer ou circuler comme des corps dans l’espace.
Une fois encore, les métaphores – en particulier celles qui passent par les verbes – apparaissent comme une structure discrète mais essentielle de la pensée des juristes.