Résumé
En droit romain, l’esclave – et, dans une large mesure, le fils de famille également – n’existe pas juridiquement vis-à-vis des tiers : la puissance du père de famille qui s’exerce sur lui tend à l’invisibiliser. Voilà pour le droit.
Mais la nature fait de lui un être capable d’agir, d’échanger, de contracter des engagements dont on attend qu’ils soient respectés. Le peculium, petit patrimoine susceptible de lui être affecté par son maître, constitue le dispositif qui met en relation ces deux réalités incompatibles. Juridiquement propriété du maître (ou du père de famille), il est néanmoins laissé à la disposition de l’esclave (ou du fils) afin de lui permettre l’exercice d’une activité économique relativement autonome.
Petit patrimoine attribué à ceux qui, en droit, n’existent pas par eux-mêmes, le peculium ouvre ainsi un espace intermédiaire entre dépendance et autonomie. Et c’est précisément au moment où ils cherchent à en définir le statut que les juristes romains recourent à la métaphore : le peculium naît, croît, diminue, meurt. Comme un homme.
C’est précisément parce qu’il s’agit de définir une entité ambiguë que la métaphore permet de construire un pont entre des univers conceptuels apparemment inconciliables. Cette séance, qui conclut le cours ainsi que deux années de réflexion consacrées aux métaphores du langage juridique dans la Rome antique, prendra appui sur l’image des âges de l’homme pour interroger le rôle de la métaphore dans la pensée des juristes romains – et peut-être dans toute discipline.