Amphithéâtre Maurice Halbwachs, Site Marcelin Berthelot
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Giovanni Paolo Pannini, Rome antique (1754-1757) - © Domaine public.

Résumé

Les Anciens, eux aussi, s’attachaient à rechercher l’origine des mots afin d’en éclairer le sens. Les juristes romains, en particulier, s’y adonnaient avec passion. Leurs hypothèses prennent parfois la forme de véritables jeux de langage, proches du calembour, fondés sur l’assonance – la paronomase – entre des termes sans lien linguistique réel, mais capables de susciter des associations d’idées.

Ainsi, furtum est-il rattaché à furvum (« sombre »), au motif que le vol se commet en secret, souvent de nuit ; supellex (« mobilier domestique ») est interprété comme issu de sub pellibus, désignant les objets indispensables que les citoyens emportaient « sous les peaux de la tente » lors de missions en terres lointaines. Les rapprochements peuvent aussi relever du paradoxe ou de l’opposition conceptuelle : militia (« métier de soldat ») est ainsi mis en regard de mollitia (« vie molle »).

Ces constructions relèvent de la parétymologie : il s’agit d’explications « parallèles » qui se substituent à l’étymologie au sens strict. Loin de se réduire à de simples jeux d’esprit, elles sont mobilisées par les juristes comme des instruments herméneutiques, au service de l’interprétation des lois et de la résolution des cas.

L’étude de ces « jeux de mots sérieux » – souvent qualifiés aujourd’hui d’« étymologies populaires » – permet ainsi de mettre au jour des idéologies et des représentations sociales, comme le montrent les analyses proposées autour de adulterium, de soror et d’autres termes qui seront examinés au cours de cette intervention. On s’interrogera également sur le fonctionnement profond de ces procédés explicatifs. L'hypothèse défendue est que la parétymologie opère comme une métaphore à rebours : par l’association de mots, elle projette un contenu conceptuel sur le terme à expliquer, à l’instar de la métaphore, qui transfère les propriétés du mot source vers le mot cible. À cette différence près que la parétymologie introduit un rapprochement qui n’existait pas à l’origine.

Ces « métaphores a posteriori », parfois déroutantes, révèlent ainsi moins la vérité des mots que les structures de pensée – notamment juridiques – de ceux qui les mobilisent.