Session 1 : Penser l'animal
Modération : William Marx (Collège de France)
Résumé
L’« orang-outang », ou « homme des bois », fait son entrée dans l’Europe du XVIIe siècle à travers les premiers traités de casuistique médicale, parmi d’autres cas cliniques. Sa proximité avec l’être humain jette le trouble sur la frontière entre humanité et animalité, au cœur de la science de l’homme des Lumières. La quête de cet être singulier conduit sur les routes du commerce triangulaire, qui approvisionne les métropoles européennes en spécimens, soulevant la question des « degrés » d’humanité. Des navires de la traite aux spectacles publics, puis aux vitrines des musées, l’orang-outang devient ainsi un acteur central des controverses anthropologiques qui, en cherchant à déterminer les frontières de l’humain, contribuent à définir et à hiérarchiser celles de la race et du genre.
Silvia Sebastiani
Silvia Sebastiani est directrice d’études à l’EHESS. Spécialiste des Lumières, en particulier écossaises, elle travaille sur les questions de race, de genre et d’écriture de l’histoire. Elle est l’autrice de The Scottish Enlightenment: Race, Progress, and the Limits of Progress (2013 ; éd. italienne, 2008) et la co-autrice, avec Jean-Frédéric Schaub, de Race et histoire dans les sociétés occidentales (XVe-XVIIIe siècle) (2021). Elle achève actuellement un ouvrage consacré aux frontières de l’humanité au XVIIIe siècle, qui examine le rôle des grands singes dans la formation des sciences humaines et sociales.
Intervenant(s)