Résumé
La séance est consacrée principalement au livre de Johann Burckardt Mencken, De Charlataneria Eruditorum, publié en latin en 1715 à Leipzig, puis traduit en allemand en 1717 et en français en 1721, sous le titre « La charlatanerie des savants ». L’ouvrage nous introduit à toute une tradition intellectuelle de critique, ou plutôt d’autocritique, des sciences, un ensemble de textes, souvent oubliés aujourd’hui, qui ont inlassablement insisté sur les abus et le ridicule des savants, stigmatisant leur irrésistible propension au charlatanisme.
La charlatanerie des savants, ouvrage à la fois érudit et satirique, a été produit dans un cadre académique, par un savant reconnu, éditeur des Acta Eruditorum. Son objectif n’était pas de dénoncer des imposteurs extérieurs à la République des Lettres, ni de critiquer l’ensemble du monde savant, mais de moraliser et de normaliser les pratiques savantes elles-mêmes, tout en défendant l’autonomie du savoir à l’égard des dynamiques commerciales et du marché du livre.
Pour comprendre cet étrange objet, on le situe dans deux courants intellectuels et éditoriaux. D’abord, l’encyclopédisme satirique, usage ironique et facétieux de l’érudition qui vise à tenir à distance le dogmatisme, l’esprit de sérieux et le pédantisme. Ensuite, les réflexions sur les « vices du savoir », qui ont contribué, notamment dans le contexte luthérien, marqué par le piétisme, à établir une économie morale de la science moderne, fondée sur la laïcisation de valeurs comme l’humilité et la modération. L’effet de ces textes a été d’associer, de façon presque indissociable, les vertus épistémologiques et les vertus sociales.
Finalement, la critique de la charlatanerie des savants, sous couvert de satire, sert de discours autorégulateur visant à imposer à la communauté savante les principes normatifs de la République des Lettres.