Résumé
En 1789, Henri Descremps publie Les Petites Aventures de Jérôme Sharp dans lequel il raconte l’histoire d’un jeune homme, instruit mais ruiné, qui traverse la France de Marseille à Paris et rencontre une galerie de charlatans : médecin ambulant, « banquistes » forains, faux savants, beaux esprits et « charlatans littéraires ». « Le monde est rempli de charlatans de toute espèce », s’écrit le narrateur, qui insiste sur le caractère protéiforme du charlatanisme, souvent d’autant plus dangereux qu’il se présente sous les aspects de savants modestes et désintéressés brouillant la frontière entre véritable science et imposture spectaculaire. Le roman contribue à étendre le domaine du charlatanisme bien au-delà de la médecine. Le charlatan est celui qui trompe le public en faisant croire qu’il possède des secrets.
Decremps, déjà auteur de La Magie blanche dévoilée qui révélait les tours du célèbre magicien Pinetti, poursuit ainsi sa croisade contre les usages dévoyés du savoir : son objectif n’est pas de supprimer le merveilleux, mais de transformer la magie en pur divertissement en en dévoilant les « trucs », et de substituer au secret la publicité du savoir. Dans le contexte d’une multiplication des cours publics de physique amusante, du succès de l’aérostation et de l’électricité médicale, et alors que se mêlent, dans l’espace public, science, spectacle et commerce, la figure du charlatan se déplace vers les marges troubles entre laboratoire, boulevard et cabinet thérapeutique.
Pour se défendre du charlatanisme, Jérôme promeut trois remèdes principaux : une science utile au service du progrès matériel, l’exercice de l’esprit critique par la lecture et enfin la divulgation systématique des tours et secrets. Sur cette base, Decremps défend un idéal de science populaire, démocratique et ludique, opposé à la fois aux imposteurs avides de profit et à une « aristocratie savante » jalouse de ses privilèges. Sous la Révolution, il radicalise encore cette position en publiant La Science sanculotisée.