Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
Forte affluence ! Se présenter 45 mn avant le début. Libre accès, dans la limite des places disponibles
-

La vidéo sera disponible prochainement.

Résumé

La séance est consacrée principalement au livre de Johann Burckardt Mencken, De Charlataneria Eruditorum, publié en latin en 1715 à Leipzig, puis traduit en allemand en 1717 et en français en 1721, sous le titre « La charlatanerie des savants ». L’ouvrage nous introduit à toute une tradition intellectuelle de critique, ou plutôt d’autocritique, des sciences, un ensemble de textes, souvent oubliés aujourd’hui, qui ont inlassablement insisté sur les abus et le ridicule des savants, stigmatisant leur irrésistible propension au charlatanisme.

La charlatanerie des savants, ouvrage à la fois érudit et satirique, a été produit dans un cadre académique, par un savant reconnu, éditeur des Acta Eruditorum. Son objectif n’était pas de dénoncer des imposteurs extérieurs à la République des Lettres, ni de critiquer l’ensemble du monde savant, mais de moraliser et de normaliser les pratiques savantes elles-mêmes, tout en défendant l’autonomie du savoir à l’égard des dynamiques commerciales et du marché du livre. 

Pour comprendre cet étrange objet, on le situe dans deux courants intellectuels et éditoriaux. D’abord, l’encyclopédisme satirique, usage ironique et facétieux de l’érudition qui vise à tenir à distance le dogmatisme, l’esprit de sérieux et le pédantisme. Ensuite, les réflexions sur les « vices du savoir », qui ont contribué, notamment dans le contexte luthérien, marqué par le piétisme, à établir une économie morale de la science moderne, fondée sur la laïcisation de valeurs comme l’humilité et la modération. L’effet de ces textes a été d’associer, de façon presque indissociable, les vertus épistémologiques et les vertus sociales.

Finalement, la critique de la charlatanerie des savants, sous couvert de satire, sert de discours autorégulateur visant à imposer à la communauté savante les principes normatifs de la République des Lettres.

Bibliographie

  • Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim, Sur l’incertitude, vanité et abus des sciences, Paris, Durand, 1582 [1526].
  • Johann Burkhard Mencke, De la charlatanerie des savants, La Haye, Jean van Duren, 1721 [1715].
  • Henri Lewis Mencken (dir. et trad.), The charlatanerie of the Learned, New York, Alfred A. Knopf, 1937. 

*

  • Nicolas Correard, « L’encyclopédisme satirique : rire des savoirs, mesurer les limites du savoir (XVIIe-XVIIIe siècles) », TRANS-revue de littérature générale et comparée, n. 23, 2018, en ligne.
  • Lorraine Daston, L’Économie morale des sciences modernes, Paris, La Découverte, 2014.
  • Lorraine Daston et Peter Galison, Objectivité, Paris, Presses de réel, 2012.
  • Marian Füssel, « The Charlatanry of the Learned: On the Moral Economy of the Republic of Letters in Eighteenth-Century Germany », Cultural and Social History, vol. 3, n. 3, 2006, p. 287–300.
  • Marian Füssel, « The Many Lives of the Charlatan: on the Persistence of an Embodiment of Scholarly Vices », in Sjang ten Hagen et Paul Herman (dir.), Vices of the Learned, Brill, 2025, p. 174-200.
  • Martin Gierl, Pietismus und Aufklärung. Theologische Polemik und die Kommunikationsreform der Wissenschaft am Ende des 17 Jahrhunderts, Veröffentlichungen des Max-Planck-Instituts für Geschichte, 129, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1997.
  • Anne Goldgar, Impolite Learning. Conduct and Community in the Republic of Letters, 1680-1750, New Haven- Londres, Yale University Press, 1995.
  • Jurgen Habermas, L’Espace public, Paris, Payot, 1988.
  • Ian Hunter, « The History of philosophy and the persona of the philosopher », Modern Intellectual History, vol. 4, n. 3, 2007, p. 571–600.
  • Sari Kivisto, The Vices of Learning, Leiden, Brill, 2014.
  • Pierre Lafargue et Pierre Senges (dir.), Histoire de Martinus Scriblérus, de ses ouvrages et de ses découvertes, Paris, Vrin, 2022 [1741].
  • Jacques Le Brun, « Entre piétisme et Aufklärung. De la controverse religieuse au débat scientifique », Revue de l'histoire des religions, vol. 216, n. 3, 1999, p. 345-354.
  • Cyrus Mody, Otto Sibum, Lissa Roberts, « Integrating research integrity into the history of science », History of Science, vol. 58, n4, 2020, p. 369-385.
  • Jacques Revel et Arlette Farge, Logique de la foule. L’affaire des enlèvements d’enfants, Paris 1750, Paris, Hachette, 1988.
  • Jacques Revel (dir.), Jeux d’échelles. La micro-analyse à l’expérience, Paris, Gallimard/Le Seuil, 1996.
  • Jacques Revel et Jean-Claude Passeron (dir.), Penser par cas, Paris, Éditions de l’EHESS, 2005.
  • Jacques Revel, Un parcours critique. Douze essais d’histoire sociale, Paris, Galaade, 2006.