Résumé
Nous étions partis, lors de la première séance de cette série de cours, des accusations lancées par Condorcet contre les charlatans. Ces derniers, imposteurs et démagogues, utilisaient un faux savoir pour tromper le peuple, tandis que les philosophes, eux, s’efforçaient de l’éclairer. L’affrontement entre philosophes et charlatans est pourtant moins tranché que les promesses de cette scène inaugurale. Le parcours suivi cette année nous a conduits à prendre en considération la porosité des frontières ainsi que le flou entourant l’accusation de charlatanisme. Cette dernière séance propose un renversement complet en montrant que les « philosophes », tout particulièrement Voltaire et les encyclopédistes, ont été à leur tour accusés de charlatanisme par leurs adversaires. Leur usage de la fiction, leur style, leurs stratégies de publication, leur prosélytisme et enfin leur célébrité leur valaient d’être assimilés à de nouveaux charlatans.
Le « charlatanisme » devient ainsi à la fin du XVIIIe siècle une accusation polémique omniprésente qui vise à disqualifier l’adversaire, à le récuser comme interlocuteur digne de confiance. La critique vise en réalité toujours le même point névralgique : l’adresse au public, le choix de sortir des lieux clos de la République des lettres pour s’adresser à un plus vaste lectorat, qu’il s’agisse de l’éclairer ou de la protéger contre la diffusion des idées nouvelles. La figure du « charlatan » révèle une contradiction inhérente à la modernité intellectuelle et littéraire : alors même que le « public » est promu en nouvelle source de légitimité, intellectuelle et politique, tous le jugent crédule et manipulable.