Amphithéâtre Marguerite de Navarre, Site Marcelin Berthelot
En libre accès, dans la limite des places disponibles
-

Résumé

Si l’architecture humaniste se définit moins, comme on a tenté de le montrer, par son rapport à l’antique que par son rapport à la rhétorique, alors on doit tâcher de définir l’éloquence architecturale des lieux de pouvoir. Celle-ci engage une anthropologie de l’habiter dans laquelle des dispositions et des incorporations répondent, ou non, à un geste architectural. On s’intéresse ici à un geste fondamental, sans doute le plus commun dans tout rapport de pouvoir : celui de prendre ses distances et de trouver la juste mesure de la séparation des corps. Creuser l’écart, c’est faire jouer une grammaire de la distance et de la défiance, mais qui a peur de qui ? À la table du pouvoir, lors des banquets comme des rituels d’intimidation diplomatique, tout est décidément affaire d’espacement et d’intervalle. De Milan à Moscou, en suivant notamment les pas de l’architecte Aristotele Fioravanti da Bologna qui, parmi d’autres architectes italiens, part dans le dernier tiers du Quattrocento bâtir le Kremlin, on cherche à définir la manière dont la distance protège, l’intervalle expose et le vide centralise.

Sommaire

  • Premier abri, premier monument
  • Le tumulus « existe en s’entassant » (Tim Ingold, Faire. Anthropologie, archéologie, art et architecture, Paris, Dehors, 2017)
  • Qu’est-ce qu’un événement architectural ?
  • « Habiter, c’est enchaîner positions et gestes, et cela littéralement sans fin » (Benoît Goetz, Théorie des maisons. L’habitation, la surprise, Lagrasse, Verdier, 2011)
  • Le geste architectural : lui répondre, ou pas
  • Ceux « qui ont le don de transformer toute pièce où ils pénètrent » (Walter Benjamin) : défaire l’architecture en l’habitant
  • L’admiration albertienne et la « pratique des attachements » (Pierre Caye, « Ce que peut l’architecture », dans Stéphane Bonzani dir., De l’invention en architecture, Paris, Classiques Garnier, 2024)
  • « Déposer au centre » : Jean-Pierre Vernant et l’isonomie démocratique
  • La « politesse grecque » : « n’être ni trop près ni trop loin, pour éviter de donner ou de recevoir des coups » (Gilles Deleuze, Périclès et VerdiLa philosophie de François Châtelet, Paris, Minuit, 1988)
  • De l’art d’instaurer les justes distances : la proxémie d’Edward Hall
  • Moscou, 7 février 2022 : une table blanche un peu trop longue
  • Intimidation et distanciation sociale
  • Distanciel/Présentiel : note sur une fausse symétrie
  • Léonard de Vinci, la Cène et l’espacement du geste juste
  • « Ne n’y aveit nul de forain » : la table ronde dans le Roman de Brut
  • « Siège périlleux » et point de bascule dans la royauté arthurienne
  • Lisibilité et hiérarchie : la solennité des écarts dans l’entrecolonnement des traités d’architecture
  • Espacements et intervalles musicaux chez Palladio : une esthétique de l’expérience
  • La distance protège, l’intervalle expose et le vide centralise
  • Troisième Rome : un rituel d’approche des dignitaires de type byzantin à Moscou
  • Deuxième Rome : Liutprand à Byzance en 949, ou l’effroi de la « très grande distance » (Marie-Emmanuelle Torres, « Silences et silenciations dans le rituel impérial byzantin (IXe-XIIsiècle) », Silence(s), 2024)
  • Du kremnevka au Kremlin : distance, hauteur, clôture
  • En 1917 : tabula rasa ou soviétisation de la citadelle ? (Fabien Bellat, « La soviétisation des Kremlins russes », Transversale. Histoire : architecture, paysage, urbain, 2019)
  • Ivan III et les architectes italiens : Moscou capitale du XVsiècle
  • Itinéraires d’Aristotele Fioravanti da Bologna
  • Gualtiero Servullo à Ludovic le More le 19 novembre 1496 : Li faza uno castello e la similitudine di questo Milano (Anne-Laure Imbert, « Autour d’Aristotele Fioravanti : quelques ambassades de la Renaissance italienne à Moscou », Slavica occitania, 2002)
  • Grammaire formelle de cette similitude : des « effets massifs de sens » (Gérard Labrot)
  • Rocca contre inurbamento du palais princier : les précautions albertiennes (Patrick Boucheron, De l’éloquence architecturale. Milan, Mantoue, Urbino (1450-1520), Paris, B2, 2014)
  • Généralités humanistes et précisions machiavéliennes : attention aux particolari
  • Azzone Visconti, Galvano Fiamma et la formule de la magnificence
  • Distance et défiance : drame en cinq actes (Patrick Boucheron, Le Pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, 1998, rééd. Points, 2023)
  • Visiter les jardins de Versailles en suivant la voix souveraine ? Une sémantique de la persuasion architecturale contemporaine des lieux de pouvoir.