Résumé
Si l’architecture humaniste se définit moins, comme on a tenté de le montrer, par son rapport à l’antique que par son rapport à la rhétorique, alors on doit tâcher de définir l’éloquence architecturale des lieux de pouvoir. Celle-ci engage une anthropologie de l’habiter dans laquelle des dispositions et des incorporations répondent, ou non, à un geste architectural. On s’intéresse ici à un geste fondamental, sans doute le plus commun dans tout rapport de pouvoir : celui de prendre ses distances et de trouver la juste mesure de la séparation des corps. Creuser l’écart, c’est faire jouer une grammaire de la distance et de la défiance, mais qui a peur de qui ? À la table du pouvoir, lors des banquets comme des rituels d’intimidation diplomatique, tout est décidément affaire d’espacement et d’intervalle. De Milan à Moscou, en suivant notamment les pas de l’architecte Aristotele Fioravanti da Bologna qui, parmi d’autres architectes italiens, part dans le dernier tiers du Quattrocento bâtir le Kremlin, on cherche à définir la manière dont la distance protège, l’intervalle expose et le vide centralise.