Résumé
Lors de la découverte du site d’Émar en 1972, les spécialistes espéraient découvrir la ville mentionnée dans les sources de Mari à l’époque amorrite, et pouvoir ainsi documenter un nouveau grand centre urbain du Bronze moyen sur l’Euphrate. Toutefois, au terme de six campagnes de fouilles, il est apparu que l’essentiel des archives exhumées ne relevait pas du Bronze moyen, mais du Bronze récent, plus précisément d’une période correspondant en grande partie à la domination hittite sur la cité. Cette révision chronologique a profondément renouvelé la place d’Émar dans l’historiographie, faisant de la ville un site incontournable pour l’étude du Bronze récent. En contrepartie, plusieurs siècles de son histoire demeurent largement inaccessibles aujourd’hui car engloutis sous les eaux du lac artificiel d’el-Assad. Cette situation invite alors à s’interroger sur ce que la riche documentation du Bronze récent permet de supposer quant à la ville d’Émar, mais aussi sur ce que l’étude de la culture écrite d’autres grands centres urbains du Bronze moyen, tels que Mari, autorise à envisager concernant l’évolution d’Émar entre le Bronze moyen et le Bronze récent. À cette fin, cette communication propose d’examiner d’abord les attentes historiographiques et les réalités archéologiques du site, puis d’analyser la culture écrite du Bronze récent à Émar, pour enfin réfléchir aux continuités, ruptures et hypothèses que l’on peut formuler pour le Bronze moyen, en gardant à l’esprit les limites et biais des sources.