Résumé
Si le droit renvoie souvent à des transactions pécuniaires, il met aussi à distance l’argent. La principale difficulté que soulèvent les sources juridiques appréhendées dans une perspective d’histoire économique réside précisément dans cette séparation d’avec les événements réels. Le régime juridique ne dépend pas, par exemple, des montants en jeu dans une transaction. Le plus souvent, lorsque le cas est mis par écrit par un juriste et ensuite recueilli dans le Digeste de Justinien, c’est en raison de sa difficulté juridique et non de son enjeu patrimonial. La dimension documentaire de ces sources est donc à nuancer. Il est alors nécessaire de s’interroger sur la valeur à accorder tant aux constitutions impériales, qui tendent souvent à renvoyer à une situation idéalisée et dans lesquelles les détails du cas n’ont pas été conservés au profit du principe que l’on en tire, qu’aux œuvres des juristes, traitant au contraire de cas d’espèce. Même dans des fragments comme celui de Paul, tiré de ses Réponses (D. 39.92.pr.) qui contient en apparence une grande richesse de détails concernant des exploitations agricoles, l’apport à l’histoire économique peut rester limité. Ce qui y est décrit ne fait que confirmer des informations connues par d’autres sources littéraires, épistolaires et archéologiques. Si les sources juridiques manquent d’éléments géographiques et quantitatifs – ce qui limite leur intérêt pour une histoire socioéconomique –, cependant leur lexique peut puissamment éclairer les catégories de la vie économique romaine. Des fragments de juristes, de la République (Alfénus, livre VIII Des digestes abrégés par Paul, D. 32.61) comme de l’Empire (Marcien, livre VII des Institutes, D. 32.65.1), portant sur des questions testamentaires, révèlent ainsi des réflexions sur le vocabulaire des métiers et par conséquent sur les catégorisations antiques du travail. La hiérarchie des fonctions ou la distinction entre métiers spécialisés et de simple exécution, traitées dans plusieurs fragments des jurisconsultes, esquissent une forme de sociologie du travail. Dans la perspective d’une étude d’histoire économique, les textes juridiques doivent donc être maniés avec prudence, mais ils peuvent offrir des informations très utiles.