Amphithéâtre Maurice Halbwachs, Site Marcelin Berthelot
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Résumé

Le monde romain antique n’a jamais connu un savoir comparable à la science économique telle que nous la concevons aujourd’hui. Il existe pourtant, dans l’Antiquité, un discours sur l’« économie » et de nombreux traités sur la matière (par exemple ceux de Xénophon – dont l’œuvre fut traduite en latin par Cicéron – Platon, Aristote et Philodème de Gadara entre autres). Mais ces réflexions, si elles se déploient au cœur d’une discipline qui revêt un nom similaire, ne portent pas nécessairement sur les mêmes phénomènes. Il est même assez difficile d’y trouver des points de rencontre avec l’économie moderne. En se fondant sur l’origine du terme, oikonomia (de oikos, « maison » et de nemein, « répartir, bien gérer »), auquel s’ajoute l’adjectif qui en est dérivé, oikonomikē, il est opportun de qualifier la discipline antique d’« économique » pour la distinguer de l’économie moderne. Cette dénomination a par ailleurs l’avantage d’en révéler les dimensions théorique et pratique. Dans sa dimension théorique, l’économique a pu être considérée par des auteurs de l’Antiquité comme une discipline relevant de la philosophie éthique. Elle porte par ailleurs très rarement sur le domaine public (les recettes et les dépenses de la cité), plus souvent sur la sphère domestique en général, où le patrimoine familial est conçu comme un tout organique. Dans ce cadre, l’économique renvoie à la fois à une administration des biens, à l’art d’organiser le travail d’autrui et aux relations entre époux. L’économique antique, contrairement à la science économique moderne, ne porte donc pas sur les interactions entre les agents sociaux au sein de la communauté, mais sur le comportement de chaque individu au sein de la famille.

La question de l’acquisition des richesses, la chrématistique, n’est pas pour autant absente de ces réflexions. Mais les activités qui y sont liées sont à nouveau distinguées selon des critères qui relèvent de la morale : les unes, liées à la terre, sont honorables car elles récompensent le travail, les autres, liées à l’argent, le sont moins. Et cette dimension éthique se révèle en particulier dans la finalité poursuivie par l’économique : le but final de l’administration de la richesse demeure la recherche du bien-agir par opposition à l’assouvissement des besoins. Or, dans ce discours économique indexé sur les valeurs morales, la vertu la plus mobilisée par les auteurs antiques demeure la justice. C’est ici, précisément, qu’il rejoint les finalités du droit. Mais contrairement à la tendance actuelle de l’analyse du droit par la science économique ou d’une science juridique mise au service de cette dernière, à Rome, le ius fournit les critères d’action et de choix sans jamais perdre de vue la justice.

Cette dimension principalement éthique de l’économique antique ne doit cependant pas laisser imaginer que les préceptes philosophiques étaient suivis par tous ou que les Romains étaient infailliblement vertueux. Elle ne doit pas non plus laisser oublier une dimension plus technique, proche de l’économie moderne. Les cours suivants ont donc pour objet le droit romain dans les contextes de la philosophie, des connaissances techniques sur les faits économiques et les comportements réels.

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