Amphithéâtre Maurice Halbwachs, Site Marcelin Berthelot
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Résumé

La promulgation de lois visant à freiner la corruption des mœurs révèle, en creux, la présence du vice. Elle est aussi interprétée par opposition à une époque révolue où l’harmonie et la vertu étaient telles que les lois étaient inutiles. Aussi la quantité de lois croît-elle proportionnellement à l’ampleur prise par le luxe et certaines imposent des limitations importantes à la liberté économique. L’impression d’un accroissement de la législation doit néanmoins être relativisée à la lumière de deux éléments : d’une part, le caractère timocratique du régime, où le niveau de richesse conditionne l’ampleur de la participation à la vie politique ; d’autre part, l’existence bien plus ancienne de normes limitant l’usage des richesses, déjà présentes dans les XII Tables. La richesse constituant le fondement de la hiérarchie sociale, tout risque de dissipation devait être écarté.

À partir de la fin du IIIsiècle av. J.-C., plusieurs lois sur l’usage des richesses se succèdent. Le législateur s’immisce dans des sphères de la vie privée. Ainsi, la lex Claudia de 218 av. J.-C. défend à tout sénateur de gérer un navire contenant plus de trois cents amphores, leur interdisant presque ainsi tout commerce maritime. Puis vint la lex Oppia de 215, un plébiscite qui interdisait aux femmes de posséder plus d’une demi-once d’or, des vêtements multicolores ou de circuler dans la capitale en véhicule attelé. De même, en matière de testaments, d’autres lois limitent le montant des legs susceptibles d’entamer substantiellement l’héritage transmis à l’héritier et écartent les femmes de la succession au-delà d’une certaine valeur patrimoniale. Ces lois, et d’autres qui leur ont succédé, avaient donc pour principal objectif la préservation des équilibres sociaux grâce à la conservation du patrimoine. À celles-ci, s’ajoutent les lois dites « somptuaires » – elles limitent les dépenses, le sumptus – visant à réduire le luxe des banquets organisés pour accroître les clientèles personnelles. Il s’agissait de garantir une certaine égalité dans la compétition pour le pouvoir et d’éviter qu’une partie de l’élite particulièrement fortunée ne se distingue davantage du reste de l’oligarchie. Certaines lois limitent donc le nombre de convives et les dépenses effectuées pour les repas de banquets. Mais d’autres, comme la lex Fannia, limitent les dépenses effectuées pour chaque repas et interdisent même certains mets. Dans ce cadre, trois célèbres juristes, P. Mucius Scaevola, Q. Aelius Tubéron et P. Rutilius Rufus, sont parvenus à contourner ces limitations en achetant moins cher à leur propre fermier, en se fournissant à vil prix auprès de leur esclave pêcheur, ou en négociant auprès des personnes auxquelles ils avaient rendu service. Ils sont ainsi parvenus à obéir à la loi tout en satisfaisant leur palais (Athénée, Déipnosophistes, 6, 274c-e). Cela soulève des interrogations quant à la réelle adhésion des juristes aux idéaux politiques poursuivis par la loi, ainsi qu’à l’équilibre délicat entre le respect formel de celle-ci et son contournement.

Événements