Résumé
Dans l’Athènes classique, l’expression « jurer kata tōn hierōn » ou « kath’ hierōn » implique le recours à un animal, voire plusieurs, dans l’élaboration rituelle de ce « geste vocal » qu’est le serment. Une telle manipulation confère davantage de solennité aux engagements pris, mais le détail du processus reste difficile à reconstruire. L’analyse des plus anciennes inscriptions qui intègrent l’expression laisse entendre que les « parts sacrées » dont il est question pouvaient être brûlées dans certains cas, mais cette combustion ne relève pas de la même perspective rituelle que celle de la part divine dans le cadre d’une thusia. Par ailleurs, la Constitution des Athéniens de l’école d’Aristote évoque la prestation de serment des archontes athéniens sur une pierre où se trouvent des tomia, à savoir des « découpes » qui doivent elles aussi être des parts animales. Archéologiquement identifiée près du Portique royal de l’agora, cette pierre accueillait probablement d’autres serments exceptionnels en contexte judiciaire. Ainsi, une mise en scène comparable s’imposait à celui qui souhaitait accuser un concitoyen de meurtre et devait jurer sur les tomia d’un verrat, d’un bélier et d’un taureau. Il ne semble pas y avoir eu de combustion dans ce cas, mais bien – si l’on en croit des allusions d’orateurs – l’obligation de «saisir les hiera » ou encore de « toucher les sphagia’ », à savoir les « parts qui résultent d’une immolation ». Il s’agit d’une autre manière de parler des tomia. Le jeu de miroir qui s’opère entre le serment des archontes et celui qu’implique une accusation ou un témoignage pour meurtre atteste que la cité devait prendre des précautions comparables quand les archontes s’engageaient à respecter ses lois et à éviter la corruption, et quand un citoyen portait contre un autre les accusations parmi les plus graves qui soient.